Un excellent article fait par Alexandre Delaigue , un économiste de nos amis qui remet en place quelques idées préconsues et avancent aussi quelques idées iconosclastes:
"Un peu plus de temps pour bloguer, le rythme va augmenter. En attendant, un petit paquet sur diverses questions économiques et politiques d'actualité récente.
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Philippe Martin s'interroge sur la proposition d'inscrire des règles concernant l'équilibre budgétaire dans la constitution. cela n'étonnera pas les
lecteurs réguliers, cette règle, quelle que soit la forme qu'elle prenne, est une aberration (sur la dette publique, voir
ici,
ici,
ici,
ici). Je trouve P. Martin, pourtant très critique, encore excessivement généreux vis à vis de
cette idée qui ne fait que reprendre l'obsession malsaine des déficits publics. Il faudrait rappeler une chose simple : rien, strictement rien, dans l'analyse économique, ne permet de savoir quel
est le niveau "optimal" de balance budgétaire - laquelle balance budgétaire, de toute façon, ne signifie pas grand-chose. Personne ne peut dire si un déficit de 1, 2, 3%, ou un excédent, ou un
solde budgétaire à zéro, constitue le "bon chiffre" - parce que ce "bon chiffre", tout simplement, n'existe pas. L'application de ce genre de règle n'a qu'une conséquence probable, c'est de
déchaîner la
loi de Goodhart, et d'aboutir à ce que la règle perde toute signification concrète.
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Dans le même ordre d'idées, on apprend que les hausses du SMIC sont vouées à être déterminées par une "
commission d'experts indépendants" à partir de
2010, pour éviter la tentation des "coups de pouce" politiques et n'être fondées que sur des critères "économiques". Je sais que beaucoup d'économistes sont favorables à ce genre d'idée, qui est
appliquée en Grande-Bretagne depuis que le gouvernement Blair y a mis en place un salaire minimum. Je persiste à penser que c'est une erreur : ce n'est pas le rôle des économistes que de déterminer
un "bon" niveau de hausse du SMIC. En matière de salaire minimum, le consensus des économistes peut se résumer aux deux propositions suivantes :
Premièrement, une hausse trop importante du salaire minimum va créer du chômage, notamment chez les individus les moins qualifiés, et aux revenus déjà les plus faibles.
Deuxièmement, une hausse modérée du salaire minimum n'a en pratique aucun effet mesurable d'augmentation du chômage,
pour des raisons diverses (qui ne bénéficient pas toutes aux salariés d'ailleurs).
Les désaccords entre économistes sur le sujet portent ensuite sur ce que représente une hausse "trop importante" ou "modérée". Pour aller vite, un
Bernard Salanié considérera qu'une hausse du salaire minimum devient très vite "trop importante" alors qu'un
Philippe Askenazy aura une conception étendue de ce que constitue une hausse "modérée". Cette différence d'évaluation, en elle-même, pose problème :
dès lors que les avis divergent sur ce que constitue une hausse "acceptable" du salaire minimum, comment une commission composée de plus d'une personne pourrait-elle arriver à définir une telle
hausse "acceptable"? En faisant la moyenne des différentes propositions? En établissant un consensus? En procédant au vote à la majorité? On le voit, le processus politique revient vite même
lorsqu'on cherche à s'en débarrasser. En fonction des règles de décision, la simple composition de la commission peut avoir un impact sur la décision finale.
Et il est normal que le processus politique entre en jeu, parce que la décision d'augmenter le salaire minimum est par nature politique. Il n'existe pas de hausse du SMIC "Pareto-optimale" qui
permettrait d'accroître le revenu des smicards sans pénaliser d'autres personnes - qui se trouvent être le plus souvent les plus pauvres (rappelons que le SMIC est pour l'essentiel une
redistribution des plus pauvres vers les moyennement pauvres). Elever le salaire minimum est toujours une façon
d'avantager certains, et de désavantager d'autres, pour un résultat final incertain (qui fait que compenser les perdants éventuels n'est pas possible). Une telle décision est politique, pas
économique. Un économiste qui dirait qu'il existe un niveau "optimal" de hausse du SMIC dirait dans le fond qu'il existe un point ou les pertes d'emploi liées à cette hausse sont suffisamment
modérées par les gains des smicards. De quel droit, avec quelle légitimité, peut-il prendre une décision pareille?
Les économistes sont dans leur rôle lorsqu'ils débattent, commentent les décisions publiques. Il est sain que des économistes critiquent les "coups de pouce au SMIC" et que d'autres les trouvent au
contraire trop chiches, parce que ce faisant, ils avancent des arguments qui permettent d'éclairer les décisions publiques et les choix des électeurs qui (parfois) les lisent. Ils sortent de leur
rôle lorsqu'ils prennent, sans légitimité, des décisions susceptibles d'avantager certains au détriment d'autres, en fonction de ce qu'ils considèrent être un niveau "acceptable" de désavantage.
Que l'on fasse une commission chargée de donner un avis dûment justifié, mettant en évidence les divergences de vues entre membres, très bien; que cette commission prenne les décisions à la place
du pouvoir politique, c'est antidémocratique et profondément malsain.
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Les candidats à la direction du parti socialiste se demandent s'ils doivent se déclarer "libéraux". Voir sur le sujet
Guillermo,
Jules ou Versac (
là et
là). Comme toujours en pareil débat, le libéralisme version socialiste
est assimilé au Blairisme, par erreur : les pratiques de
Blair ne sont pas du libéralisme, mais du
managérialisme, c'est à dire, les aberrations de la social-démocratie, sans les avantages; l'idée qu'il existe quelque part un ensemble de politiques "rationnelles" qui permettent de cumuler
prospérité et égalité, et qu'il suffit de trouver les bons dirigeants, qui auront le talent et l'énergie de les mettre en place. Il n'est pas surprenant d'ailleurs que le "libéralisme" dans cette
perspective, lorsqu'on sort du verbiage pour entrer dans des questions concrètes, devienne particulièrement autoritaire et constructiviste : Delanoé déclare ainsi dans sa soi-disant "profession de
foi libérale" qu'il s'inquiète de la crise de l'autorité, que les frontières françaises ne doivent pas être des passoires, et que la délinquance doit être traitée à coups de centres éducatifs
fermés; que le "libéralisme" se limite alors à favoriser les entreprises et à ne pas être favorable à la nationalisation de tous les moyens de production - tout en pratiquant, comme à Paris, un
degré de constructivisme social inédit. S'il fallait définir un libéralisme "de gauche", posant comme principe fondateur l'autonomie de l'individu, voici ce qu'il pourrait contenir :
- l'identification des
caractéristiques de l'homme politique conservateur, et la
décision d'en être l'exact inverse;
- L'adoption d'un revenu minimal inconditionnel, versé à tous les français, sans distinctions. Plutôt que de subordonner l'individu à des obligations de travail, faire en sorte que chacun puisse
vivre de façon décente; faire ainsi en sorte que le travail devienne un choix (pour éventuellement accroître ses revenus) et non une obligation vitale. Devoir travailler pour vivre est la première
source d'aliénation individuelle de nos sociétés, poussant des gens à faire des travaux ingrats et mal payés. Lorsque le travail sera devenu un choix volontaire, peut-être que les entreprises
seront obligées de proposer des activités authentiquement enrichissantes à leurs employés potentiels. Ce qui implique un refus de la logique du RSA, et de l'obligation "d'insertion" que contient le
RMI.
- Comment payer? En commençant par mettre fin à toutes les formes de subventions et de "
corporate welfare", tous ces mécanismes par
lesquels l'Etat cherche à orienter l'activité économique au gré de ses fantaisies, pour favoriser certains secteurs, certains types d'activités et d'emplois. Les allègements de charges sur les bas
salaires, les carottes fiscales diverses et variées, n'ont pas lieu d'être dans une société avec revenu garanti.
- Une politique migratoire ouverte, passant par exemple par le remplacement de l'arbitraire administratif de la "carte de séjour" par une
taxe annuelle, payée par tout migrant résident dans
le pays et permettant de supporter les éventuels coûts que sa présence entraîne. Les pauvres authentiques, ceux qui sont vraiment privés de libertés et d'autonomie, ne sont pas dans notre pays mais
à l'étranger. Une telle politique est le meilleur mécanisme de lutte contre la pauvreté et d'émancipation individuelle qu'il soit possible d'envisager.
- protéger les individus contre les risques de l'existence en permettant l'apparition de
mécanismes d'assurances et de marchés, par exemple des options
déterminées par la conjoncture. L'essentiel des risques importants subis par les individus (macroéconomiques notamment) ne sont couverts par aucun mécanisme, alors même qu'il est possible de
s'assurer contre des risques dérisoires, comme les bris de vitre des PDAs. L'innovation financière devrait pouvoir préserver les individus plus qu'elle ne le fait aujourd'hui - et c'est une
réconciliation de la population avec la finance bien plus utile que de développer "l'intéressement", cette vieillerie marxisante qui soumet encore plus le revenu des salariés à la conjoncture
économique.
- la promotion de l'éducation, le bien de consommation majeur du 21ème siècle. La démocratisation scolaire doit se poursuivre, mais pas dans le sens de la fourniture à l'appareil productif de gens
disposant de "compétences" vendables; l'éducation et la connaissance doivent être perçues comme des biens consommés pour elles-mêmes, des fins plutôt que des moyens, et généralisées plus
qu'aujourd'hui.
Enfin bref, quelques idées comme cela. Je crois bien qu'on en est très, très loin."
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