Réflexion faite, Simone Veil n'est pas emballée par la création d' «un ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale» suggérée par Nicolas Sarkozy. «Je n'ai pas du tout aimé cette formule très ambiguë. J'aurais préféré parler d'un ministère de l'Immigration et de l'Intégration», explique l'ancienne ministre dans un entretien à Marianne rendu public vendredi. Elle précise qu'elle «compte bien» faire part de son désaccord au candidat de l'UMP, «très difficile à joindre en ce moment». Cette critique intervient à peine une semaine après l'annonce par Simone Veil de son soutien au ministre. Après avoir mis en scène ce ralliement comme une arme anti-Bayrou, le parti de Sarkozy est en droit de se demander s'il ne s'est pas tiré une balle dans le pied.
«Chacun a le droit d'avoir sa propre opinion, ce n'est pas un problème», a répondu vendredi Sarkozy, en marge d'une visite dans les Alpes-de-Haute-Provence. Mais il persiste et signe : «Toutes les enquêtes d'opinion montrent que les deux tiers des Français pensent que j'ai eu raison de parler "d'identité nationale''.» De fait, un sondage Opinionway pour LCI et Le Figaro indique que 55 % des Français n'auraient rien contre ce ministère (1). Fort de cette enquête, le candidat a renoncé à parler d' «identité républicaine», un changement de vocabulaire qu'il avait pourtant envisagé, comme l'atteste la version écrite de son discours distribué à Nantes.
Rachida Dati, sa porte-parole , protégée de Simone Veil, s'efforce de justifier la proposition du candidat en soutenant qu'elle vise à «donner de la cohérence au parcours d'immigration». L' «identité nationale», ce sont, assure-t-elle, «des principes et des valeurs partagées». Certains intellectuels comme Alain Finkielkraut et Max Gallo ont eux aussi volé au secours du ministre. Le premier s'est félicité que Sarkozy tourne le dos à la culture de la «repentance», le second estimant qu'il fallait faire comprendre aux immigrés que «l'Histoire de France ne commence pas avec eux». A l'inverse, plusieurs historiens, chercheurs et sociologues ont lancé une pétition pour contester la vision «immuable» de l'«identité nationale» que sous-tend ce projet.
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