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Texte Libre

C'est ce qui s'appelle être clair.

un article du Monde

 









La reprise, en 2004, par l'Etat, de la Salle Pleyel, haut lieu de la musique rouvert fin 2006, a-t-elle fait l'objet de tractations critiquables entre le vendeur et Nicolas Sarkozy, alors ministre des finances ? Ce dernier avait passé outre à l'avis des services de Bercy, hostiles aux conditions dans lesquelles l'Etat prenait en charge cette prestigieuse salle de concert (Le Monde daté du 31 mars). La présence du beau-frère de M. Sarkozy, Christian Ciganer, dans le montage financier de l'affaire avait alimenté les interrogations sur les dessous de l'opération.

 



On découvre maintenant que le contrat est attaqué devant la justice par Carla Maria Tarditi-Martigny. L'épouse du vendeur, Hubert Martigny, a été directrice générale de la Salle Pleyel de 1998 à 2003. Mme Tarditi a assigné, fin 2006, la Cité de la musique, actuel opérateur de Pleyel, et la société de son mari, Immobilière Daru Saint-Honoré (IDSH), propriétaire de la salle. Elle demande l'annulation du contrat signé au regard "de graves irrégularités juridiques" ayant entaché sa conclusion. "La Cité de la musique n'avait pas le droit de signer le contrat et l'intérêt de IDSH, dont je suis actionnaire minoritaire, a été bafoué", explique-t-elle. Arguments contestés par les deux parties attaquées.

 

"GROS CHÈQUE À L'UMP"

 

Mme Tarditi affirme que son mari et les conseillers de celui-ci, soucieux de débloquer le dossier de la cession de la Salle Pleyel malgré les réserves des services de l'Etat, ont sollicité l'aide de M. Sarkozy via son épouse, Cécilia Sarkozy. Ce soutien, assure-t-elle, aurait été acquis grâce à une convergence de vues sur l'avenir de la salle. Mais, précise Mme Tarditi, cette aide aurait été assortie d'une condition : son époux, par l'intermédiaire de son homme de confiance, Arnaud Marion, aurait promis d'adhérer à l'UMP et de financer la campagne électorale à venir.

Sans être en mesure d'indiquer qui était à l'origine de cette démarche, Mme Tarditi déclare : "Un jour mon mari m'a dit qu'il venait de faire un gros chèque à l'UMP avant de recevoir sa carte, en 2006, alors qu'il n'avait jamais adhéré à une formation politique ou versé un euro. Puis, il a été régulièrement sollicité pour verser des fonds. J'ai encore la trace d'un versement de 2 900 euros en février 2007."

Interrogé par Le Monde, M. Martigny, cofondateur d'Altran, société de conseil en haute technologie, admet avoir adhéré à l'UMP en 2006, mais dément tout lien avec le dossier Pleyel. "J'ai agi de ma propre initiative", soutient-il. De plus, il affirme n'avoir versé au total que 1 000 euros.

"J'ai rencontré Mme Sarkozy avec Arnaud Marion et Jacques Chancel, confirme-t-il en outre, en mai 2004, pour solliciter l'aide de son mari, alors ministre des finances et de l'industrie, dans le seul dossier des pianos Pleyel dont j'avais récupéré l'usine et les problèmes en achetant la Salle Pleyel." Mme Sarkozy assure, pour sa part, "n'avoir jamais déjeuné avec M. Martigny et ses conseillers".

"Il était impératif que Pleyel rouvre ses portes, confirme Claude Guéant, alors directeur du cabinet de M. Sarkozy et actuel directeur de sa campagne, et que Paris retrouve son standing." "Mais cette opération n'a donné lieu à aucun arrangement et je ne savais pas, jure-t-il au nom de M. Sarkozy, que son beau-frère y figurait."

 

"PASSER OUTRE"

 

Quand il acquiert la Salle Pleyel, en 1998, pour 9 millions d'euros, M. Martigny, l'une des plus grosses fortunes françaises, pense faire un cadeau à son épouse, chef d'orchestre de formation. Mais sa gestion se révèle plus complexe que prévu. En 2002, il jette l'éponge et charge M. Marion de céder la salle à l'Etat au grand dam de Mme Tarditi, qui se sent dépossédée d'une salle qu'elle a redressée. "Nous aurions pu céder Pleyel à un opérateur privé mais en France, la musique c'est l'Etat, c'était donc le choix le plus sûr et le plus tranquille", note M. Martigny, qui ne cache pas que ses relations se sont depuis détériorées avec son épouse.

Néanmoins, les négociations avec l'Etat vont traîner. L'Etat pouvant difficilement acheter directement la Salle Pleyel, l'idée d'un bail de vingt ans s'impose. Le protocole d'accord, signé fin 2003, avec le ministre de la culture, Jean-Jacques Aillagon, est repris par son successeur, Renaud Donnedieu de Vabres. Mais les services du ministère des finances refusent d'entériner l'accord. Ils s'opposent au fait que le loyer payé par l'Etat serve à financer des travaux qui, selon eux, doivent revenir au propriétaire.

"L'Etat bloquait, rapporte M. Marion, alors qu'une saison symphonique se prépare trois ans à l'avance, que le dépassement des travaux déjà engagés ne cessait d'alourdir la facture et que nous avons signé, le 16 juillet 2004, le contrat de promotion immobilière sans avoir rien conclu et, si vous ajoutez à cela que le 19, M. Martigny était en garde à vue dans l'affaire Altran, la pression était maximale."

Le ministère de la culture adresse alors à M. Sarkozy une demande de "passer outre" à l'avis des services des finances. M. Sarkozy, arguant de l'urgence du déblocage, donne son feu vert, le 22 septembre, à la faveur d'un argument qui fait fléchir ses services. "Nous avons trouvé la solution, se félicite son beau-frère, M. Ciganer, en cédant le tout pour 1 euro au terme d'un bail de cinquante ans, l'Etat devenait propriétaire et pouvait assumer les travaux."

La signature de ce bail, le 8 novembre 2004, dix jours avant le départ de M. Sarkozy de Bercy, a laissé un goût amer dans les services du ministère qui ont vécu cette passe d'armes.

Comment gouverner la France?

Allez à la prochaine!

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