Jamais une campagne présidentielle française n'avait suscité un tel intérêt à l'étranger. Plusieurs dizaines de correspondants et d'envoyés spéciaux ont suivi les principaux candidats. Cinq
d'entre eux livrent leur regard sur Nicolas Sarkozy.
Alberto Toscano
Correspondant de l'hebdomadaire italien «Panorama»
«Même Massimo Nava, du Corriere della Sera , qui vient de sortir un livre sur Nicolas Sarkozy, n'a pas obtenu d'interview de Sarkozy. Quant au quotidien berlusconien Il
Giornale , il a été obligé de racheter les droits de l'entretien paru dans le Figaro . Ni Sarkozy ni Royal n'ont répondu aux invitations du Club de la presse européenne.
Mais je serais moins enclin à mettre cela sur le compte de leur mépris, que sur le fait que l'un et l'autre sont littéralement submergés. Les journalistes étrangers sont évidemment beaucoup plus
libres dans leurs propos que ne le sont les médias français. Sur TV5, une de mes consoeurs turques a, par exemple, eu des mots très durs sur la "haine" de Sarkozy pour la Turquie. Je dirais que
deux tiers des journalistes étrangers qui suivent la campagne sont plutôt pour Ségolène Royal. Je n'ai jamais été engueulé par Sarkozy, mais je connais des confrères français qui l'ont été. Pas
plus tard que ce matin, un journaliste de la télé m'a dit qu'il avait fait l'objet d'une mise en garde de l'entourage de Sarkozy, à propos du débat Bayrou-Royal. Je lui ai demandé si je pouvais
rapporter cette information en citant son nom. Il m'a répondu : "N'écris rien... Je ne veux pas être cité."»
John Lichfield
Correspondant du quotidien britannique «The Independent»
«Comme d'autres correspondants étrangers à Paris, j'ai tenté plusieurs fois d'obtenir une interview avec Nicolas Sarkozy. Sans succès. Contrairement à Ségolène Royal ou François Bayrou, il fait
montre d'un mépris total pour la presse étrangère. Comme s'il avait peur de nous. Peut-être se dit-il qu'il n'a rien à gagner en donnant des entretiens à la presse étrangère. Pourtant, les
correspondants de la presse anglo-saxonne étaient plutôt bien disposés à son égard, car il porte des idées qui sont dominantes chez nous. Mais notre regard sur lui a changé. Dans les meetings
auxquels j'ai assisté, j'ai été surpris de le voir arborer un air courroucé en permanence, comme s'il était à la tête d'un petit parti contestataire, et non pas le candidat du premier parti de
France.»
Sophie Pedder
Correspondante de l'hebdomadaire britannique «The Economist»
«Bien que mon journal ait fait sa une sur Sarkozy en Napoléon, présenté comme " une chance pour la France", c'est notre candidat "faute de mieux". Certains nous ont critiqués pour
ce choix explicite, mais The Economist a été tout aussi clair dans ses positions contre Berlusconi ou contre Schröder au moment des élections italiennes et allemandes. En
Grande-Bretagne, on prend position sans complexe, à la différence de certains journaux français, je pense par exemple au Figaro , qui semblent ne pas assumer franchement leur
positionnement et restent dans l'implicite. Quant à la proximité de Sarkozy avec les patrons de presse qu'on évoque énormément, le paradoxe est que la majorité des journalistes sont très
critiques à son égard !»
Joëlle Meskens
Correspondant du quotidien belge «le Soir»
«Beaucoup de journalistes français nous envient notre liberté de ton. Je suis, moi, très frappée de la promiscuité qui se développe entre les hommes politiques et les journalistes
embedded qui les suivent depuis des années. Cette situation malsaine touche d'ailleurs tous les partis. Chez Sarkozy, comme chez les autres, on appelle les journalistes par leur
prénom, on connaît leur histoire... En Belgique, les cars de journalistes affrétés par les candidats, ça n'existe pas. On se débrouille tout seuls. Je suis aussi stupéfaite de cette polémique sur
le temps de parole : que le débat Royal-Bayrou ait été compromis parce que les choses sont si codifiées, millimétrées !»
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