Tout d'abord, je me présente : je suis paysan, installé depuis le 11 mai 1976. Voyez vous, depuis cette date, je suis engagé dans le syndicalisme, comme simple militant du CDJA 71 (*) puis
comme membre de son bureau, et, après un déménagement dans l'Allier en 1981, je suis devenu vice président du CDJA 03 (Allier) -j'ai été de toute les batailles de cette époque–, à 35 ans j'ai
été élu au conseil d'administration de la FDSEA 03 (*).
En 1991, au lendemain de la grande manifestation des paysans à Paris avec comme seul mot d'ordre « pas de pays sans paysans », j'ai combattu les importations abusives de viande des pays de
l'Est que les grandes entreprises de distributions pillaient sans vergogne. Le 2 octobre 1991 suite à une action devant la DDA (*) de mon département, j'étais arrêté sur ordre du préfet de
l'Allier, mis en garde à vue pendant 24 heures. Près de 3000 paysans m'ont sorti de ma cellule (après que j'ai été inculpé de coups et blessures sur forces de l'ordre – version officielle).
La réponse de la FDSEA a été simple, elle m'a élu au bureau de sa structure. L'affaire Depoil commençait et pendant deux ans jamais les paysans ne m'ont abandonné. A chaque audience ils
étaient présents. J'ai été condamné à trois mois de prison avec sursis et à 80 000 francs de dommages et intérêts. Dans un bel élan de solidarité, tous les paysans y ont été de leurs poches
pour régler cette facture.
Elu quelques années plus tard secrétaire général de la FDSEA, je me suis engagé dans le combat contre les activateurs de croissance chez les bovins, méthode pratiquée par des engraisseurs
indélicats. J'ai été à plusieurs reprises menacé de mort, puis je me suis battu au moment de l'ESB pour démasquer les vrais responsables (vos amis politiques anglais y étaient pour beaucoup).
Aujourd'hui je suis élu à la chambre d'agriculture.
Vous m'excuserez si j'ai été long, mais je veux que vous sachiez qui vous interpelle.
J'ai écouté votre discours de Bercy. Quand, en une phrase, vous assimilez politiciens, technocrates et syndicalistes, vous venez de dépasser une nouvelle ligne jaune et j'en suis profondément
choqué. Le syndicalisme, qu'il soit paysan ou ouvrier, doit être respecté ! Soit vous ignorez l'histoire, toutes les luttes et les acquis dont vous avez aussi profité, soit vous voulez nous
provoquer pour mieux servir cette brochette de milliardaires qui assistaient à ce fait d'armes.
Mais une fois de plus, vous m'avez démontré que vous êtes un homme dangereux, il est donc clair que je ne voterai pas pour vous.
D'abord, par respect pour tous ceux qui se sont battus pour que notre démocratie soit devenue la patrie des droits de l'homme.
Ensuite, parce que, ne vous en déplaise, le syndicalisme est un des piliers essentiels de notre démocratie, et c'est grâce à lui que tant de conquêtes sociales ont été gagnées pour le bien de
l'immense majorité (mais il clair que vous ne voulez plus des syndicats !).
Monsieur Sarkozy êtes-vous donc prêt à remettre en cause les acquis gagnés sous le Front Populaire et à la Libération ? Pourtant il me semble vous avoir vu vous incliner sur la tombe du
Général de Gaulle ! Lui, il a entériné les revendications du Conseil de la Résistance… Vous n'êtes pas de cette veine, Monsieur.
Enfin, si malgré tout vous êtes élu, je peux vous affirmer, que, ces syndicalistes que vous détestez tant, qui sont à l'opposé de votre doctrine, se mobiliseront pour vous empêcher de finir
de détruire ce que des générations ont eu tant de mal à mettre sur pied. Je ne veux pas vivre et faire vivre aux générations futures le libéralisme anglais, résultat des années Thatcher ! Je
vis cela au travers de mon fils qui est chercheur à Londres, et ce n'est pas joli joli !
Excusez-moi de vous avoir importuné monsieur, moi le paysan aux sabots pleins de patouille, qui a eu l'outrecuidance de s'adresser au futur consul. Mais j'estime que vous mettez la démocratie
en danger, et mon devoir est de vous le dire.
Jean Claude Depoil
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