Ségolène Royal aura fait bouger les lignes. (Reuters)
Ségolène Royal est tombée sur plus fort qu'elle, tout simplement. Voilà le sentiment qui prédomine dimanche soir quelques minutes après l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la
République. Battue de six points par celui qui fut son rival à droite de longs mois durant, la candidate socialiste aura surtout, de son propre aveu quelques instants après sa défaite,
"engagé un renouvellement profond de la vie politique, de ses méthodes et de la gauche". Investie par les militants socialistes en novembre 2006 au détriment d'éléphants tels que
Dominique Strauss-Kahn, Laurent Fabius, les deux finalistes malheureux, mais également Jack Lang ou Lionel Jospin, éphémères candidats à la candidature au PS, Ségolène Royal devenait la
première femme à avoir une chance de conquérir l'Elysée. Elle accomplissait surtout son premier tour de force. La suite de la campagne fera d'elle une candidate volontiers atypique, et, de
l'avis de tous, armée d'un courage et d'une détermination à toute épreuve.
Nicolas Sarkozy, dans son discours d'après victoire, a d'ailleurs rendu hommage à une concurrente qui ne l'a pourtant pas ménagé: "J'ai du respect pour elle et pour ses idées, a
déclaré celui, qui, le 16 mai, deviendra le nouveau chef de l'Etat. Respecter Ségolène Royal c'est respecter les électeurs qui ont voté pour elle", a-t-il ajouté. Et ils sont plus de
17 millions à avoir glissé un bulletin «Ségolène Royal» dans l'urne ce dimanche 6 mai. Un score, Mitterrand excepté, jamais atteint par un candidat de gauche lors des échéances précédentes et
qui confère de facto à la présidente de la région Poitou-Charentes une nouvelle stature au sein du Parti socialiste. Il y a fort à parier, d'ailleurs, qu'après le chemin parcouru par
Royal durant la campagne présidentielle, le visage du PS sera, dans un avenir proche, profondément remodelé
Déroutante Royal
En attendant, Ségolène Royal aura eu le temps, elle, de se retourner sur son aventure présidentielle. Une aventure qu'elle a voulu parcourir en "femme libre", prenant souvent de
court, au passage, les caciques de son parti. De sa voix souvent monocorde à la tribune, la candidate socialiste n'a cessé d'égrener aux quatre coins du pays les axes de son pacte
présidentiel. Signe de nouveauté, à tout le moins d'originalité, certaines de ses propositions ont fait grincer des dents. Des camps militaires pour les jeunes délinquants aux jurys
populaires ou à l'assouplissement de la carte scolaire, en passant par une phase de démocratie participative jugée un peu trop longue en début d'année, Ségolène Royal a souvent défrayé la
chronique parmi les siens. En assumant toujours ses choix. "Je serai seule responsable de ce qui arrivera", avait d'ailleurs déclaré à la mi-mars celle qui, par exemple et à la
surprise de beaucoup, a réussi à ramener La Marseillaise et le drapeau tricolore, historiquement accaparés par la droite, dans le camp de la gauche. Contre vents et marées, la
représentante socialiste aura sans cesse maintenu le cap. Avec une pugnacité jamais démentie.
Le 2 mai, le débat avec Nicolas Sarkozy lui offre ainsi l'opportunité de dévoiler sa colère. Une "colère saine" (et spontanée) comme elle l'a précisé à propos des enfants handicapés
dans une séquence qui restera dans l'histoire des débats d'entre-deux-tours. Certes pas toujours aussi bien organisée que son rival de droite, réputé formidable orateur, Ségolène Royal aura
toutefois tenté de rassembler la gauche sur des valeurs. Entre les deux tours, là encore au grand dam de certains, elle aura clairement franchi le Rubicon pour tenter d'arracher les faveurs
de François Bayrou et surtout des 6,8 millions d'électeurs centristes. Au final et après «un dialogue public» avec le patron de l'UDF qui aura fait couler beaucoup d'encre, près de 40% de
ceux-ci, autant que dans le camp Sarkozy, se seront portés sur son nom le 6 mai. En vain pour ce qui concerne l'élection présidentielle, mais certainement pas pour les échéances à venir.
"Vous pouvez compter sur moi pour approfondir la rénovation de la gauche et la recherche de nouvelles convergences au-delà de ses frontières actuelles. C'est la condition de nos victoires
futures. Je serai au rendez-vous de ce travail indispensable et j'assumerai la responsabilité qui m'incombe désormais", a-t-elle précisé dimanche soir à ses supporters déçus. "Je
suis porté par un élan et ma responsabilité, c'est de rester solide et debout", a-t-elle ajouté un peu plus tard devant les journalistes. L'avenir dira si elle s'imposera effectivement
comme le chef de file du PS aux élections législatives. Elle a prouvé, en tout cas, qu'elle en avait certainement l'étoffe.
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