L'ex-candidate «représente le mieux les valeurs de gauche» pour 41 % des sympathisants, qui souhaitent que le PS s'allie à la fois avec le Modem de Bayrou et la LCR de Besancenot.
Le «peuple de gauche» aime encore Ségolène Royal. Notre «Baromètre populaire»-LH2 réalisé pour Libération auprès des sympathisants de gauche l'indique clairement : la défaite à la
présidentielle n'a pas porté un coup politique fatal à Ségolène Royal. Forte des 16,8 millions de voix qui se sont portées sur son nom, l'ex-candidate reste «la personnalité socialiste qui
représente le mieux les valeurs de la gauche» pour 41 % des électeurs de ce bord.
Pas assez soutenue. Elle devance largement son seul véritable rival, Dominique Strauss-Kahn, qui ne recueille que 28 %. Cet écart est encore plus important chez les
électeurs socialistes (47 % contre 30 %) et dans les catégories populaires (43 % contre 25 %), ce qui constitue deux bons points pour elle dans la bataille interne qui s'annonce au PS. Les autres
personnalités citées (Fabius, Hollande, Montebourg) ne font que de la figuration avec un score de 7 %.
Si Ségolène Royal reste populaire à gauche, c'est essentiellement parce que son camp ne lui fait pas porter la responsabilité personnelle de l'échec du 6 mai. Interrogés sur les causes de la
défaite, les sympathisants de gauche citent en premier «le fait que le Parti socialiste n'ait pas assez soutenu Ségolène Royal» (66 %), puis «le travail de Nicolas
Sarkozy» (51 %) et «le manque de renouvellement des idées de gauche» (50 %). Ce qui relève de la responsabilité directe de la candidate est nettement moins cité, que ce
soit sa personnalité (35 %) ou son programme (30 %). Autre atout dans le jeu de Ségolène Royal, les sympathisants PS sont encore plus nombreux à penser de la sorte : 71 % incriminent le manque de
soutien de leur parti. En revanche, les classes populaires sont plus sévères que l'ensemble de la gauche sur le programme de la candidate : 42 % des ouvriers et employés lui attribuent la
responsabilité de la défaite. «Ségolène Royal est pour une large part dédouanée de l'échec de la présidentielle», constate François Miquet-Marty, directeur des études
politiques de l'institut LH2.
Avec un tel capital, l'ancienne candidate est donc bien placée pour peser sur les orientations futures du PS. A cet égard, 37 % des sympathisants de gauche souhaitent que le PS «prenne plus
clairement une orientation sociale-démocrate», alors qu'ils ne sont que 14 % et à peine 7 % chez les ouvriers-employés à préférer «une orientation antilibérale». Les
autres (45 %) souhaitent que le PS «rassemble ces deux sensibilités».
Infréquentable. En terme d'alliances, les sympathisants de gauche sont très oecuméniques. Ils veulent que le PS s'allie avec les Verts (87 %), le Mouvement démocrate de
François Bayrou (64 %), la LCR d'Olivier Besancenot (59 %), le Parti communiste (55 %), le Parti radical de gauche (54 %) et le MRC de Jean-Pierre Chevènement (51%). La possibilité d'une alliance
avec François Bayrou est largement approuvée.
Avant le premier tour, l'ex-candidat UDF était dénoncé par les dirigeants du PS comme un homme de droite infréquentable. Là encore, la main tendue par Ségolène Royal entre les deux tours est
légitimée dans l'opinion de gauche. Sans que celle-ci ne rejette pour autant la perspective d'une alliance avec le trotskiste Olivier Besancenot. «Les sympathisants de gauche aspirent à une
gauche fédérée autour d'un Parti socialiste plus ouvert», affirme François Miquet-Marty. Le politologue diagnostique un «désir d'ouverture» qui s'explique par un
«triple contexte» : la nécessité pour la gauche de reconstruire une stratégie de victoire, la faiblesse électorale des partenaires historiques du PS et «le succès de la
thématique de l'ouverture illustrée par les positionnements de François Bayrou et de Nicolas Sarkozy».
Dans l'opinion de gauche, un schéma semble ainsi se dessiner : Ségolène Royal à la tête d'une alliance allant de Bayrou à Besancenot. Un scénario sans doute plus facile pour elle que de prendre
la tête d'un PS allant de Dominique Strauss-Kahn à Laurent Fabius.
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