
La gestuelle
est plus dramatique et le ton plus enflammé, mais, globalement, le discours reste le même. Bernard Kouchner, nouveau ministre des Affaires étrangères en visite pour deux jours à Beyrouth, a
marché hier après-midi dans les pas de son prédécesseur Philippe Douste-Blazy et a une nouvelle fois martelé les constances de la politique française au Liban : la défense de l'indépendance, de
la souveraineté et de la stabilité de ce pays, qui, depuis cinq jours, plonge dans le chaos.
«Composantes». Saluant en premier lieu et avec vigueur la détermination de l'armée, engagée dans de violents combats dans le nord du Liban avec le groupe salafiste jihadiste
Fatah Al-Islam, Bernard Kouchner a dit comprendre la nécessité pour le gouvernement dirigé par Fouad Siniora de rétablir l'ordre, tout en soulignant la nécessité de ménager les populations
civiles. 31 000 personnes habitent le camp de Nahr el-Bared, où sont retranchés les combattants islamistes ; la moitié d'entre elles seulement, profitant d'une trêve non déclarée, ont pour
l'instant quitté les lieux (lire ci-contre).
Interrogé plus tard sur le Hezbollah, le chef de la diplomatie française s'est en revanche montré plus hésitant. «S'agit-il d'un parti terroriste comme l'a dit Nicolas Sarkozy
?» Silence gêné. L'ambassadeur de France, à ses côtés, lui murmure quelques mots à l'oreille. «Nous devons parler avec toutes les composantes de la vie politique libanaise, et nous
le ferons», répond finalement le cofondateur de Médecins sans frontières avant d'ajouter qu'il est un «ennemi déterminé du terrorisme», mais que «l'on doit rechercher
la paix avec tous et en particulier avec ses ennemis».
Néanmoins, concernant le tribunal international chargé de juger les suspects dans l'assassinat de l'ancien Premier ministre Rafic Hariri, l'Etat français ne transigera pas. «Ne comptez pas
sur la communauté internationale et surtout sur la France pour renoncer à cela. Nous sommes déterminés à assumer nos responsabilités.»
Violences. La semaine dernière, la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis ont déposé un projet de résolution visant à établir cette cour. Depuis, les violences se sont
multipliées au Liban avec notamment trois attentats qui ont fait un mort et 27 blessés depuis lundi. La majorité parlementaire impute ces actes à la Syrie, qu'elle accuse d'avoir orchestré
l'assassinat de Hariri et de chercher à empêcher la mise sur pied d'un tribunal spécial. Le ministre des Affaires étrangères français a évité de se prononcer sur le sujet, choisissant de mettre
en avant la possibilité de discuter avec «tous ceux qui soutiennent la paix». Une porte ouverte ? Pas nécessairement. Nicolas Sarkozy avait clairement expliqué durant la campagne
que le dialogue ne pourrait reprendre que si l'attitude de Damas changeait dans la région. La reprise des actes terroristes trois attentats en trois jours n'augure rien de bon.
Commentaires