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Texte Libre


Edito du 28 mai 2007 de Noël Mamers sur sonsite

François Bayrou a tissé sa pelote sur la contestation de l’ordre médiatique. Souvenons nous de ses attaques virulentes contre TF1, accusée au début de la pré campagne électorale, de participer au bipartisme. Les français lui ont donné raison en laminant les "petites" formations au nom du "vote utile", sous le regard complice de mes confrères journalistes devenus les miroirs du nombril citoyen et les porte-voix du candidat Sarkozy.

 

Les dernières nouvelles qui nous arrivent du monde merveilleux de TF1 montrent que la machine est à l’oeuvre. Le nouveau fait du prince est éloquent : A la demande de Cécilia Sarkozy, l’un des principaux collaborateurs du candidat- devenu- Président, Laurent Solly, est interdit de séjour à l’Elysée où il devait devenir chef de cabinet. Qu’à cela ne tienne, Nicolas sonne Martin Bouygues, son ami de toujours et recase derechef son protégé comme futur directeur adjoint de TF1. Eh oui, ça se passe comme ça dans le Sarkoland ! Un jogging, un portable, et hop, la plus grande chaîne de télévision d’Europe est squattée par un homme lige du clan Sarkozy. Après les décisions prises par Arnaud Lagardère de censurer un article du JDD sur le non vote de la même Cécilia, on commence à percevoir la réalité du système Sarkozy. Si elle n’est pas nouvelle, cette connivence entre politiques, hommes d’affaires et de média, est ici systématisée. Depuis son élection à la mairie de Neuilly, en près de trente ans, le nouveau Président de la République a consolidé ses réseaux dans la sphère médiatique. Les marchands d’armes et du bâtiment, spécialistes des commandes publiques, ont bâti les principaux empires de presse écrite et audiovisuelle. Lagardère, Dassault, Bolloré et Bouygues sont des capitaines d’industrie qui ne conçoivent plus seulement la presse comme une danseuse mais comme un moyen d’influencer l’agenda politique et une source de profit à part entière. Sarkozy a bien capté cet intérêt. Il est leur homme en même temps qu’ils sont les siens. Quant aux journalistes, ils servent de faire-valoir à ces puissances, volontairement ou à contre cœur dans certains cas, mais ils n’ont pas le pouvoir de s’opposer à ces nouvelles machines de guerre. Longtemps la gauche a considéré les médias comme une simple question de propagande. Ce n’est pas vrai. Les médias sont d’abord une question sociale et politique majeure. Comme la santé, l’environnement, le travail, ils sont un champ politique à part entière, avec ses règles et qui influence l’ensemble de la société. Les modèles portés par les séries télévisées de TF1, voire les dessins animés, ont autant d’influence, sinon plus, que les interventions des journalistes les plus fidèles au pouvoir.

Il ne s’agit pas simplement d’exercer la vigilance citoyenne face à l’information télévisée mais d’aider à ce que se constitue une "citoyenneté médiatique", construite avec les journalistes, les travailleurs de l’information au sens large et les médias encore indépendants. Nous devons également faire des propositions pour un service public visant à sauver la presse écrite d’opinion qui est en train de mourir, tuée par les nouvelles technologies et la sous presse gratuite. Nous devons engager la gauche, toute la gauche, à proposer une série de mesures pour bloquer le contrôle des marchands d’armes et de béton sur les media. Entre 1997 et 2002, sous le gouvernement Jospin, la gauche ne m’a pas suivi quand je l’ai proposé à la tribune de l’Assemblée nationale. Elle n’a pas réagi quand TF1, durant plus d’un an (2001- 2002), organisa une campagne sur le thème de l’insécurité. Elle n’a pas plus réagi cette année où elle a fait de la politique à la télévision une course permanente à l’émotion. Parce qu’elle participe à la comédie médiatique, la gauche ne veut pas cracher dans la soupe. Elle a tort. Sans contre - pouvoir, les hommes de TF1, de Paris- Match et des instituts de sondage, se croient tout permis. Bientôt, imitant Séguéla qui a rejoint Sarkozy au second tour, ils exigeront de remettre en cause les règles de l’équité et de la publicité au moment des élections.

Le paradis des médias d’aujourd’hui a un nom : Les Etats- Unis. Refuser l’américanisation du système médiatique c’est déjà refuser l’américanisation de notre vie quotidienne. J’ai publié plusieurs livres sur ce sujet mais j’étais encore loin de la réalité qui se met en place sous nos yeux ébahis. "La dictature de l’audimat" a laissé la place au nouveau monopole de la médiacratie dans laquelle la confusion entre les pouvoirs est devenue la règle d’airain. Montesquieu, au secours, ils sont devenus fous !

J’appelle tous ceux qui souhaitent résister à cette mainmise du pouvoir politico -médiatique à s’engager pour barrer la route à ceux qui veulent nous faire taire. Organisons le contrôle citoyen sur les médias, créons des comités d’usagers des médias. La télé comme l’Etat appartiennent à tous les citoyens. La télé est à nous !

Noël Mamère, le 28 mai 2007

PS : Je reviendrai sur " le Grenelle de l’environnement " qui a permis à Messieurs Juppé et Sarkozy de réaliser à bon compte, avec l’aide de Nicolas Hulot, un hold-up sur le mouvement environnementaliste. C’est un fait important qui oblige les Verts à accélérer leur aggiornamento ou à mourir dans l’indifférence générale.

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