
La
franchise médicale devrait financer la lutte contre le cancer et Alzheimer.
Apparemment, c’est anodin. Et bien modeste. A partir de 2008, à chaque fois que vous achèterez une boîte de médicaments, vous aurez une franchise d’un demi-euro à payer. Pour tout acte
paramédical, une franchise de 0,5 euro encore, et celle-ci monte à 2 euros pour chaque recours à un transport sanitaire.
C’est à l’occasion d’un déplacement, hier à Dax, consacré au thème de la prise en charge des maladies liées au vieillissement (lire ci-contre), que Nicolas Sarkozy est entré dans le détail de ce
qui risque de devenir la polémique de l’été. En présentant cette instauration inédite de franchises médicales, le Président a certes mis en avant des garanties. « Les personnes les plus
modestes seront dispensées, ainsi que les enfants et les femmes enceintes», a-t-il précisé. Souhaitant également que «cette franchise puisse être prise en charge par les assurances
complémentaires santé». Un plafond global de 50 euros sera institué, par an et par patient. Et pour ceux qui mettraient en doute l’intérêt de cette mesure, Nicolas Sarkozy a expliqué que
celle-ci devra «permettre de financer la lutte contre le cancer et contre la maladie d’Alzheimer, ainsi que les soins palliatifs».
Charge. De fait, Nicolas Sarkozy reste sur sa ligne. Lorsqu’il avait annoncé sa volonté d’instaurer les franchises, de nombreuses voix s’étaient élevées, s’inquiétant des
conséquences, en particulier pour l’accès aux soins des personnes les moins favorisées. «On nous dit qu’il y aura des mesures d’accompagnement pour les plus pauvres, mais le problème ne
concerne pas seulement les plus pauvres, mais ceux qui sont juste au-dessus des seuils, expliquait alors à Libération Bruno Palier, économiste au centre de recherches de
Sciences-Po. Ce sont ces fameux 7 % des Français qui ne sont pas à la CMU, mais qui ne sont pas assez aisés pour avoir des mutuelles. Ces gens-là, avec les franchises, vont retarder leur
entrée dans le système de soins. Ils vont devoir attendre avant d’aller se faire soigner. Et ce sera catastrophique car ils se feront soigner quand ils seront encore plus malades.»
Martin Hirsch, tout juste nommé haut commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté, s’était montré, lui aussi, critique: «Est-ce que j’approuverai cette mesure ? La réponse est
non.» Et il avait suggéré une sorte de «bouclier sanitaire», en limitant, comme cela se fait en Allemagne, la charge incombant au patient à un maximum de 3 % de leurs revenus.
Nicolas Sarkozy l’a en partie écouté, e n mettant des garde-fous. Et au passage, il a évité de reprendre son argument de campagne où il s’agissait de «responsabiliser les patients».
Il n’empêche : les réactions ne se sont pas fait attendre. Hier, le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, a estimé que « c’était une mesure particulièrement
inégalitaire». Plus politique, Gérard Bapt, député PS de Haute-Garonne, s’est insurgé contre les franchises médicales qui «contrastent avec les milliards d’euros de cadeaux fiscaux
qui viennent d’être faits aux plus grosses fortunes dans le paquet fiscal». Le rapporteur spécial du budget de la Santé, ajoutant: « Présentées comme destinées à financer le
développement des soins palliatifs et la prise en charge de la maladie d’Alzheimer, elles étaient en fait prévisibles au regard du déficit aggravé de la Sécu. Mais ces mesures pourront rapporter
à peine plus d’un milliard d’euros en année pleine. Elles ne constituent en rien l’amorce des réformes structurelles qu’appelle l’échec de la réforme de la Sécurité sociale votée en 2004.»
«Intéressés». Enfin, le Collectif interassociatif des usagers de la santé pointe le fait que seuls les patients vont devoir mettre la main à la poche : «Pendant l’été,
comme une mauvaise habitude, les projets gouvernementaux se finalisent sans les principaux intéressés. Au départ, la création des franchises devait concourir au rétablissement des comptes de la
Sécu. Avant qu’elles ne soient justifiées par le plan Alzheimer. Mais, quoi qu’on en dise, il s’est agi de mettre à contribution les malades, et eux seuls.»
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