Au centre de toutes les polémiques jusqu'à ces derniers jours, l'ourse Franska a trouvé la mort hier vers 6 h 30, sous les roues d'un véhicule de
l'armée, un 4 4 Kangoo, sur la voie rapide reliant Lourdes à Argelès-Gazost (65). Au volant, le brigadier-chef Thierry Letessier, du 1er régiment de hussards parachutistes de Tarbes, revenait du
centre d'entraînement commandos de Barèges (65) quand il a violemment percuté le plantigrade, le tuant sur le coup.
Alors que Franska avait franchi le grillage de la deux fois deux voies, une première voiture conduite par une Lourdaise avait blessé l'animal, en sens
opposé. La conductrice s'est manifestée d'elle-même dans la matinée et a été entendue vers 16 heures.
Prise pour un sanglier. Le jour se levait à peine. Témoin indirect quelques instants
après le choc fatal, Eric Laurent, 48 ans, d'Argelès-Gazost, employé municipal à Louey (65), roulait vers son lieu de travail quand il a vu la bête gisant sur le bitume : « Il faisait encore noir
et j'étais en phares. J'ai pris la bête pour un sanglier, mais tout en continuant à rouler j'ai trouvé bizarre la couleur du pelage, roux. Dans la vallée d'Argelès, on n'est pas habitués à
rencontrer un ours sur la route. »
La dépouille de Franska, chargée dans un 4 4 banalisé des techniciens de la mission du suivi de l'ours de l'ONCFS (Office national de la chasse et de la
faune sauvage), a pris la route de l'Ecole vétérinaire de Toulouse.
Ainsi a tristement pris fin, hier, l'errance pyrénéenne de l'ourse la plus exécrée des éleveurs et bergers des Hautes-Pyrénées et du Béarn. Depuis sa
sortie d'hibernation, elle aura exclusivement sévi en Haute Bigorre, dans le secteur forestier des Baronnies, vers Bagnères-de-Bigorre. On lui attribue la mort de 110 brebis. Soit, peu ou prou, à
elle seule, la moitié des prédations commises par la vingtaine d'ours de toute la chaîne pyrénéenne.
Macabre palmarès. Ses derniers dégâts avaient été enregistrés à Gazost le 5 août :
trois brebis retrouvées mortes près des pistes de la station de Hautacam. Le matin même, elle avait été signalée sur cette même voie rapide Lourdes-Argelès.
Le 1er août dernier, elle avait mis en pièces sept ovins, au-dessus du village d'Asté, tout près de Bagnères. Bref, on suivait à la trace l'ourse Franska
dans un macabre décompte, cet été. Comme on l'avait fait l'été dernier dans le piémont béarnais, à Louvie-Juzon, Bruges, Asson, secteur de vastes forêts de moyenne montagne. Les éleveurs béarnais
parlent de plus de 150 bêtes sacrifiées au cours de cet été-là.
Au vrai, Franska, au nombre des cinq plantigrades slovènes lâchés dans les Pyrénées au printemps avec Hvala puis Balou à Arbas (31), Palouma à Burgalays
(31) et, l'été dernier Sarousse , dans le cadre du plan de renforcement de la population d'ours, a d'emblée fait parler d'elle par son comportement atypique, « anormal » selon
d'aucuns.
Autopsie aujourd'hui. Fin juillet, à Toulouse, la secrétaire d'Etat à l'Ecologie,
Nathalie Kosciusko-Morizet, s'était opposée à sa capture et à son déplacement, pourtant réclamé à cor et à cri par les éleveurs et même le Conseil général des Hautes-Pyrénées. Entre-temps, l'âge de
l'ourse avait été « réévalué ». Franska avait 17 ans et non 7, comme on le pensait quand on lui a ouvert la porte de la liberté, le 28 avril 2006, dans la vallée de Lesponne
(Bagnères).
Pas plus tard que lundi dernier, la secrétaire d'Etat avait missionné l'ONCFS pour une nouvelle étude la première avait conclu à un comportement normal
sur les agissements de Franska. De concert avec des biologistes étrangers cette fois. Les conclusions devaient en être rendues avant le 31 août prochain. Exit l'étude : l'ourse sera autopsiée
aujourd'hui à l'Ecole vétérinaire de Toulouse.
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