Il squattait déjà les unes des magazines avant de s'installer à l'Elysée. Maintenant, la prosternation médiatique devant le Président devient carrément dégoulinante : cette semaine, les trois
hebdomadaires
l'Express,
le Nouvel Observateur et
le Point font la une
sur Sarkozy, deux sur trois prenant prétexte de la publication du « chef d'œuvre » de
Yasmina Reza,
l'aube le soir ou la
nuit (éditions Flammarion).
On n'en finirait pas d'égrener les témoignages de la vague de flagorneries tous azimuts qui touche l'ensemble des médias. On ne sait plus s'il s'agit de « faire de l'audimat » (à force, Sarko
finira forcément par lasser, patience), ou d'acheter une « assurance-vie », comme si Sarkozy détenait désormais un pouvoir de vie et de mort dans le monde des médias.
Tenez, hier encore dans
le Journal du Dimanche, canard de plus en plus « sarkozysé » (Philippe Sollers officiant simplement comme opposant-alibi). Le
journal s'ouvre sur les malheurs de la gauche ("
Le grand déballage en manchette "), qui, il est vrai, ne se montre guère sous son meilleur jour. Page
4, on nous sert du Sarkozy avec « l'été de grâce du Président ». Suit un sondage montrant la satisfaction « quasi-soviétique » des Français : 66% de satisfaits, avec un score inouï de 65%
parmi les ouvriers, qui soit dit entre parenthèse, devrait faire réfléchir ladite gauche.
Enfin, page 30, le journal se ferme sur une page à la gloire de Yasmina Reza et de son livre … à la gloire du président, avec extraits à la clef. «
Un récit
magnifique », écrit gentiment Marie-Laure Delorme, paraît-il considérée comme l'une des papesses de la critique littéraire « up todate ». Bonne fille, elle parie sur le fait que si «
Nicolas » adorera le livre, le Président lui, le « détestera ». Ce n'est pas si difficile à deviner lorsque l'on connaît l'humiliation subie par l'auteur, éconduite par un
body guard devant le Fouquet's, le 6 mai au soir, où elle pensait « naturellement » faire partie des invités du Kaiser.
Bonne nuit
les petits, comme disait Nounours à la télévision quand j'étais petit.
Prenons maintenant
Paris-Match. Tiens, cette semaine, la une n'est pas sur Sarkozy mais sur le super-sarkozyste Alain Delon qui, modeste, a préféré
pour ses vacances l'île Maurice à Wolfeboro, le lieu de villégiature de la famille Sarkozy. Il y a aussi l'incroyable interview de Max Gallo. On a l'impression que cet intellectuel à
l'itinéraire et au talent respectables, a été comme lobotomisé durant ces vacances : il n'a pas trouvé, lui, l'un de nos intellectuels les plus engagés contre l'hégémonie américaine, une
seule critique à formuler sur les 100 jours du nouveau président !
Mais le pire est encore page 83, l'incroyable reportage du correspondant de l'hebdomadaire à la Réunion, Frédérique Seigle. Le sujet concerne le mariage de la belle-fille du « Kaiser »,
Jeane-Marie Martin, fruit de l'union entre l'impératrice Cécilia et un animateur, – il parait qu'il s'appelle Jacques Martin, vous connaissez ? - avec un jeune homme du cru, simple étudiant à
l'Ecole des Mines, l'une de nos meilleures grandes écoles. Imaginez-vous que le fiancé a eu droit à un séjour gratuit à Wolfeboro, dans la maison de vacances du Kaiser lui-même ! Bref, nous
raconte le journaliste, «
la Réunion espère secrètement que la cérémonie (du mariage, ndlr) aura lieu sur l'île ».
Mesurez bien le « poids des mots »: la Réunion, tout le pays rassemblé, femmes, hommes et enfants de toutes conditions, espère « secrètement »… Elle est timide la Réunion, elle n'ose pas
déranger l'immense Kaiser, elle ne souhaite rien revendiquer elle
espère secrètement. Cela lui ferait tant plaisir à la Réunion d'accueillir les jeunes
mariés et leur fantastique famille …. Et cela nous ferait tant plaisir, à nous, que
Paris-Match renoue un peu avec un truc qui s'appelle le journalism…
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