C'est par la presse, a expliqué Thierry Breton, qu'il a appris le 4 avril 2006 le rachat de 2,25 % d'EADS par la Caisse des Dépôts. Le ministre de l'Économie d'alors a-t-il tout fait pour ne
rien savoir d'une opération dans laquelle ses services se trouvaient à la fois du côté du vendeur et de l'acheteur ?
La veille en effet, le 3 avril, lors d'un conseil d'administration de la Sogeade, société qui porte les participations de l'État et de Lagardère et où siégent naturellement leurs
représentants, il est précisé que « la banque IXI-CIB (…) ayant placé préalablement la plus grande partie des
actions EADS sous-jacentes auprès d'investisseurs institutionnels français au moyen d'une vente à terme ». Tel est le PV de la réunion que nous reproduisons ci-dessous. Traduction en
français courant : IXIS ne va pas garder la totalité des titres, mais les revendre à des investisseurs institutionnels, des « zinzins », comme on dit dans le jargon financier.
Malgré cette précision explicite, la question « qui achète ? », éminemment stratégique pour une entreprise comme EADS, ne sera pas posée par les représentants de l'État au conseil
d'administration. Dernier avatar d'une série de non-questions… C'est en effet fin 2005 que Lagardère et son partenaire Daimler s'ouvrent de leur intention de baisser de 7,5 % chacun leur
participation dans l'avionneur (alors de 15 et 30 % respectivement). Dès lors, de nombreuses banques d'investissement de la place frappent à la porte du patron d'Hachette pour organiser cette
juteuse opération. IXIS remporte finalement le marché au tout début de l'année. Mais impossible pour cette banque de marché, alors filiale des Caisses d'épargne, de porter un paquet si
important d'action EADS : il y en a quand même pour 2 milliards d'euros. IXIS cherche donc des partenaires. Et c'est tout naturellement qu'elle trouve, via Mathieu Pigasse de la banque
d'affaires Lazard, la Caisse des Dépôts. Cette dernière est approchée en janvier, mais ce n'est que le 28 mars qu'une lettre d'engagement d'achat est signée entre IXIS et la Caisse des Dépôts
et Consignations. Ce délai s'explique à la fois par la complexité du montage proposé par IXIS et par l'existence d'une fenêtre de tir réduite du fait que les deux intervenants, Daimler et
Lagardère, doivent agir de concert.
Début mars, une date est enfin arrêtée : ce sera début avril. Or, durant ces trois mois, alors que Paris bruisse de cette vente, et que, selon nos informations, le cahier des charges de
Lagardère comportait une « recommandation de trouver des partenaires français », il est fort peu probable que personne, à aucun moment, tant à Bercy qu'au sein du conseil de surveillance de
la Caisse, composé de parlementaires et d'un représentant du ministère de l'Économie, ne se soit posé la question d'une éventuelle participation de la CDC, candidat idoine, voir quasi désigné
par le profil recherché. Décidément, Thierry Breton a, au moins, les apparences contre lui.
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