Surprise, surprise. Le mouvement social ne devait pas durer,
Xavier Bertrand se voulait intraitable en dépit du succès des mouvements sociaux
du 18 octobre mais…la grève démarrée le 13 novembre à la SNCF et le 14 à la RATP et à EDF-GDF se poursuit. Parallèlement, le soir même du déclenchement du conflit, la CGT appelle à
l'ouverture de négociations. Objectifs : examiner «au cas par cas» les régimes spéciaux et tenter d'obtenir des compensations financières à leur réforme. Qui gagne, qui perd, qui risque quoi
? Tandis que les «usagers» piétinent dans le froid, les syndicats ont en réalité très chaud, car ils jouent très gros.
Prudente, la CFDT reste murée dans un attentisme suiviste. La CGT, elle, monte au front de la négociation, mais doit tenir bon alors qu'elle est poussée de part et d'autres par des forces
contraires. D'un côté : l'impopularité, tout au moins clamée par les médias, des régimes spéciaux auprès de l'opinion publique l'incite à reculer sur la forme. De l'autre : les cheminots, la
«base» du mouvement, semblent rester braqués sur la défense des acquis.
«C'est pas Bernard Thibault qui décide, c'est nous !»,
«Thibault, vendu !», pouvait-on même entendre scander dans la manifestation du 14 novembre. Face au secrétaire général de la CGT, qu'on dit fatigué, à la santé
fragile, se dresse l'aile dure de la CGT, avec à sa tête le communiste Didier Le Reste, qui dirige la puissante fédération des cheminots et refuse de céder sur les retraites. Argument : la
retraite à 40 ans pour les cheminots ne serait que la préparation d'un allongement des annuités pour tous les salariés, prévu au printemps prochain. Plus à gauche encore, le second syndicat
cheminot, Sud-rail, tient un discours tout aussi radical et pourrait, si la CGT donne l'impression de « reculer » sur les régimes spéciaux, engranger des adhérents déçus du syndicat
majoritaire...
Enfin, troisième et dernière donnée de ce conflit : la grogne, que ce soit dans les universités, les transports ou le service public, accompagne un sentiment de mécontentement plus général
lié au pouvoir d'achat. La côte de popularité du gouvernement s'érode. Et certains se prennent à imaginer, si la grève des cheminots rejoignait la journée de manifestation dans la fonction
publique du 20 novembre, à un «troisième tour social» plus politique. Dans ce contexte, les six syndicats qui jouent la négociation jouent, en réalité, les équilibristes. Coincés entre une
population fluctuante qui condamne les «privilèges» des cheminots tout en critiquant le gouvernement, et une «base» qui craint pour la sauvegarde de son statut, ils tentent à la fois de se
montrer fermes et de paraître ouverts à la discussion. Leur salut pourrait venir de Xavier Bertrand lui-même. Son préalable à l'ouverture de négociation - la suspension du conflit – peut tout
aussi bien remobiliser les troupes syndicales pour un dernier coup de rein qui les amènerait à la jonction du 20 novembre. A suivre.
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