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Yannick Noah est désormais accaparé par la scène : il devait donner, au Zénith de Paris, vendredi 21 décembre, le centième concert de sa tournée. Il n'a pas pour autant tourné le dos aux terrains de sport, tantôt conseil pour des jeunes des quartiers défavorisés, pour son fils, ou encore pour Richard Gasquet, le no 1 du tennis français.

 

Spectacles, sport, politique... Vous tracez votre voie en suivant plusieurs sillons. Quels souvenirs vous laissera 2007 ?

La tournée a pris beaucoup de place. Depuis la fin du mois d'avril, je suis sur la route. Sinon, il y a eu l'élection présidentielle. Et bien sûr, Joakim, mon fils, qui joue désormais pour les Chicago Bulls, en NBA (le championnat nord-américain de basket-ball, réputé le meilleur au monde). Joakim est au début de son rêve. Il a toujours voulu ça.

Aujourd'hui, mon inquiétude, c'est qu'il est seul à Chicago. On se parle tous les jours. Je regarde tous ses matches, quelle que soit l'heure, sur Internet, en direct. Comme il est très libre dans sa parole, j'ai seulement peur qu'il dise une "boulette" et qu'on se mette à lui taper dessus.

  Le chanteur et ancien joueur de tennis Yannick Noah lors d'une visite à Vénissieux près de Lyon, le 6 octobre 2007. | AFP/PHILIPPE MERLE

Quel est votre rôle auprès de Richard Gasquet ?

 

Pour l'instant, notre relation s'est résumée à une prise de contact. Mais j'ai des projets pour lui, même si je vais m'installer à New York. Notre aventure ensemble continuera.

 

Vous quittez la France ?

 

Je vais partir un ou deux ans à compter de la rentrée de l'année prochaine. J'ai besoin de souffler, de réunir ma famille. Mais je reviendrai de temps en temps, notamment pour suivre mon association, Fête le mur.

 

Cette association, qui agit dans des quartiers défavorisés, promeut le tennis comme moyen d'éducation et de mixité sociale. Comment avez-vous vécu les récents actes de violences à Villiers-le-Bel, dans le Val-d'Oise ?

 

Il y a deux ans, lors des émeutes dans les banlieues, j'avais dit que ce qui se passait ne m'étonnait pas. Je m'étais fait reprendre, traiter d'irresponsable. Aujourd'hui, je redis la même chose et je dis même pire : je m'étonne que ça n'aille pas plus loin. Car rien n'a changé. Dans les banlieues, le quotidien est, chaque jour, plus difficile.

Tous les jours, on ne cesse de montrer à ces gens un monde auquel ils n'auront jamais accès, un monde de plus en plus riche, cette France d'en haut qui n'a aucune pudeur. Le plus dur, c'est de voir des enfants de 8 ou 10 ans qui n'y croient déjà plus. Que vont-ils devenir ? Les voitures continuent de brûler chaque jour, même si on n'en parle pas, parce que le président a une nouvelle fiancée ou parce que Kadhafi visite les musées à Paris. Tout cela, c'est du brouhaha.

 

Dans une enquête, qui vient de sortir, les jeunes des quartiers évoquent leur ennui, leur manque d'infrastructures sportives...

 

Le sport est primordial dans les banlieues. L'association a grandi, avec des réussites. Mais oui, c'est difficile. Souvent, quand je rencontre des responsables locaux, j'ai le double sentiment suivant : soit on se fout du sport, soit il n'est pas une priorité.

 

En tournée, vous pouvez prendre le pouls du pays. Que ressentez-vous ?

 

Quand les gens m'abordent, comme je chante des choses positives, ils me disent souvent : "Vous me faites du bien". Comme s'ils allaient mal.

 

Vous appréciez cette relation de proximité ?

Tous les soirs, les gens me donnent du respect, de l'amitié, parfois de l'amour. Et moi, je leur donne tout. J'ai le sentiment qu'ils me connaissent depuis longtemps. Je suis comme leur grand frère, leur fils qui serait là sur le devant de la scène et qu'ils encourageraient. Ça continue de me bouleverser, de me surprendre. Je ne m'y fais pas, mais c'est beau.

 

 

Pourquoi vous êtes-vous impliqué dans la dernière campagne présidentielle auprès de Ségolène Royal ?

 

A cause de cette jeunesse en souffrance dont je viens de parler et qu'il ne faut surtout pas laisser tomber. J'ai beaucoup d'amis du monde du tennis qui vivent en Suisse et qui votent à droite. Mais ces gamins, ils ne viennent jamais les voir avec moi. Ils ont un peu la trouille, c'est révélateur.

 

Avez-vous gardé le contact avec Ségolène Royal ?

 

Nous nous sommes parlé depuis au téléphone. On se reverra. J'en ai envie. Avec le pouvoir actuel, il n'y a rien qui me fait envie, qui me donne de l'espoir. Ils ont même eu l'impudeur de tenter de m'acheter !

 

C'est-à-dire ?

Ils ont voulu que je chante pour eux le 14 juillet lors du grand concert du Champ-de-Mars (organisé à l'initiative de l'Elysée, avec Michel Polnareff en tête d'affiche). J'ai cru que c'était une blague. Ça s'est passé par le biais de Jean-Claude Camus, mon beau-père. Comme, pour moi, c'était une blague, j'ai répondu que ça allait leur coûter très cher. Ils ont rappelé le lendemain pour savoir combien. J'ai donné un prix ridiculement élevé. Ils ont dit d'accord. J'en suis évidemment resté là. D'autres en ont profité à ma place.

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