
"J'ai changé" disait-il il y a près d'un an. C'était le 14 janvier 2007, à la Porte de Versailles.
Nicolas Sarkozy mettait en scène un homme devenu calme grâce aux souffrances personnelles de la vie. Il nous expliquait la rupture, jusque dans les
symboles. Arrivé au pouvoir, la rupture n'est pas là où il l'a promise. Que mes amis sarkozystes me pardonnent si je
leur dit que je ne suis pas surpris. Nous ne sommes pas surpris - puisque les blogueurs vigilants sont désormais plus nombreux que les Umpistes. La rupture est en surface. Elle est rarement dans les
décisions politiques. En 7 mois, Sarkozy a peu rompu avec le passé.
Rupture des symboles ?
Sarkozy n'a pas le ridicule de Giscard. Mais il nous fait regretter le grand De Gaulle, le sphinx Mitterrand et même l'immobile Chirac. Sur le terrain de l'image, Nicolas Sarkozy a montré qu'il
n'avait pas changé, et c'est bien cela la rupture. Il aime le fric, le clinquant, le mauvais goût. Il s'habille comme Tom Cruise dans Top Gun, fait du footing comme Poutine mais sans la
musculature (une de ses conseillers pourrait il lui dire de préférer le vélo d'appartement, c'est aussi efficace et moins ridicule). Il préfère Disneyland aux musées pour montrer sa nouvelle
pépée (excusez nous Carla, mais la découverte de vos précédentes conquêtes ne me laisse pas le choix du qualificatif). C'est le
Président Bling Bling par
excellence, ray-ban, jet, et yacht et pépée (il a même ordonné quelques
sondages pour vérifier comment les Français prenaient sa nouvelle
idylle). Nos amis allemands sont sidérés, jusqu'à Angela Merkel.
Nicolas Sarkozy se contente sans doute d'assumer ce que ces prédécesseurs faisaient en cachette. Guy
Birenbaum y revient largement dans l'un de ses récents billets: les frais de bouche du couple Chirac à la Mairie de Paris, Mazarine Pingeot, les écoutes téléphoniques de François
Mitterrand, chaque présidence a eu son lot d'images nauséabondes. Parlons plutôt du fonds, puisque le blogueur de droite (?) ou du centre (?) Authueil m'y invite :
Rupture de méthode ?
En surface, Sarkozy a accéléré le rythme des annonces, des décisions, des concertations. Il pourrait faire croire qu'il a enfin réussi à accélérer le rythme de l'action politique. En fait, il a
rapidement agi sur les symboles, comme Giscard et Mitterrand avant lui. Rien de neuf. Dans les premiers mois suivant son élection en 1981, Mitterrand avait fait abolir la peine de mort,
nationalisé une partie de l'économie, instauré les 39 heures et la 5ème semaine de congés payés. 25 ans plus tard, Sarkozy a fait voter un bouclier fiscal à 50%, des peines planchers et la
défiscalisation des heures supplémentaires.
Immobilisme de l'action
Paradoxalement, ses premières actions ne touchent aucun des maux structurels du pays qui se sont dégagés pendant la campagne présidentielle: pouvoir d'achat, déficit public, endettement public, réforme écologique, réforme du code du travail. Sur ces 5 sujets clés, mes amis sarkozystes
reconnaissent qu'il n'a .... que peu décidé !! Au contraire, il préfère contredire ses promesses de campagnes en lançant des concertations (dénommées "Grenelles") - démarche curieuse et limitée. Il aurait pu annuler les 35
heures, il préfère bricoler par petites touches quite à complexifier une législation du travail; il aurait pu remettre à plat les retraites, il a préféré ignorer que le départ à la retraite
était un outil de modernisation de certaines entreprises (ex: la SNCF depuis 1950) ou que la défiscalisation accrue des revenus du travail ne ferait qu'aggraver le déficit des régimes de retraites. Il promet environnement, et
il n'est pas capable de prononcer un moratoire sur les OGM et préfère vendre des centrales nucléaires à tire-larigot. Il aurait pu agir sur les conditions pénitentiaires, il
supprime les subventions à l'Observatoire International des Prisons.
Rupture éthique
En fait, la vraie rupture est éthique. Sarkozy a attaqué certains principes fondamentaux de notre système politique : l'enfermement à vie d'un délinquant sexuel ayant purgé sa peine attaque le
principe de rédemption; les tests ADN pour justifier d'une filiation
et l'immigration choisie, symbolisée par une carte de "bon
immigré" crééent une discrimination - inefficace - qui rappelle la France de Pétain, la disparition institutionnelle du Premier Ministre accroit la monarchisation du régime aux détriments du débat parlementaire. La mainmise
médiatique du Président nous pousse vers une berlusconisation évidente. Sarkozy promettait
d'"agir plutôt que de durer", il fait tout l'inverse en muselant l'opposition. Il parvient même, mal conseillé par Henri Guaino, à passer pour un raciste en Afrique. Même sur la séparation
de l'Eglise et de l'Etat, il a créé le doute par des déclarations inutiles et
douteuses.
Nous aurions pu parler des promesses non tenues - de l'international où les droits de l'homme sont oubliés au profit du commerce, comme "avant", aux comptes publics largement dégradés par des décisions idéologiques hâtives.
"Compétence plutôt que connivence ?" disait le candidat Nicolas.
Bien sûr.
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