
icolas Sarkozy pensait avoir fait un coup politique en la nommant ministre de l’Economie. L’ex-responsable du plus grand cabinet d’avocats d’affaires au monde, Christine Lagarde, avait un CV qui garantissait un grand professionnalisme. Mais les affaires et la politique sont deux domaines différents avec des codes de communication qui leurs sont propres. Le point faible de Christine Lagarde est sa spontanéité. Elle multiplie les déclarations spontanées sans se rendre des conséquences de ses propos. Certains y voient une certaine franchise, d’autres des erreurs des communications qu’elle doit immédiatement rectifier.
Le 5 janvier dernier, Christine Lagarde est invitée au journal de France 2 pour évoquer le problème de l’inflation en France. Avec un certain aplomb, voici ce qu’elle déclare « l’inflation nous
la maîtrisons beaucoup mieux que nos voisins. Je pense que nous finirons l'année 2007 à un rythme d'à peu près 1,5%. Nous avons un prévisionnel de 1,6% pour le budget 2008. » Elle Son propos se
veut donc rassurant.
Pourtant, le matin même, elle était invitée sur France Info et elle était beaucoup moins optimiste t « l’inflation est à 2%, hélas alors que nous avancions à un rythme de 1,6 ». Aussitôt, ses
détracteurs ironisent sur les erreurs de Christine Lagarde. En réalité, entre son intervention sur France Info et celle sur France 2, elle a reçu des coups de fil de Matignon et de l’Elysée pour
lui demander de rectifier immédiatement ses chiffres pour éviter d’apparaître trop pessimiste.
Christine Lagarde est donc devenue une cible privilégiée pour la gauche. A l’occasion de ce cafouillage arithmétique, certains responsables de gauche en avaient profité pour dénoncer des
estimations erronées : la ministre avait présenté à l’Assemblée un projet de loi de Finances irréalisable qui se basait sur une inflation à 1,8% alors qu’en novembre dernier l’Insee avait indiqué
que les prix avaient augmenté de 2,4% !
Lors de sa conférence de presse du 17 janvier, Christine Lagarde a annoncé que la croissance devrait atteindre les 2% en 2007 et serait quasi identique en 2008. Or, ces chiffres sont en deçà des
projets gouvernementaux. Bercy avait en effet calculé son budget pour 2008 sur une progression de 2 à 2,5%. Ce qui signifie que l’année à venir sera difficile d’un point de vue économique surtout
si l’on considère que certains prix risquent de continuer à augmenter comme le prix du pétrole et des matières premières. La ministre met en cause les contraintes des marchés internationaux. En
effet, les pays émergents qui exportent des matières premières, ont progressivement augmenté leurs prix et développer leurs marchés. Les effets de la dévaluation du dollar ont également des
répercutions sur l’euro. La France est donc soumise aux fluctuations de l’économie mondiale.
Même si le diagnostic est exact, on peut s’étonner du revirement aussi rapide sur l’estimation de la croissance en 2008. Habituellement, le gouvernement annonce beaucoup plus tard que la
croissance sera plus faible que prévu.
A chaque préparation de budget, le gouvernement prévoit des estimations souvent plus optimistes que ce qui est attendu. L’objectif d’un ministre de l’Economie est de créer la confiance et de
rassurer les acteurs économiques tout en essayant de tenir un langage de vérité sur la situation du pays. C’est ce subtil dosage entre l’optimisme et le principe de réalité que Christine Lagarde
n’arrive pas pour l’instant à trouver. A chacune de ses interventions, l’Elysée frémit de peur que la ministre lâche une énormité. Au cours de ces derniers mois, elle a ainsi reconnu qu’il y
avait un plan de rigueur dans la fonction publique. Erreur de communication pour les uns, principe de réalité et absence de langue de bois pour les autres, le style Lagarde divise.
Entendre que la situation en 2008 sera plus difficile encore qu’en 2007 n’est guère enthousiasmant, en particulier à deux mois des municipales. Le reconnaissance de la faiblesse de l’économie
française remet également en cause les promesses optimistes du candidat à la présidentielle. Et il n’est guère bon qu’un membre du gouvernement le souligne. Christine Lagarde est en train de
l’apprendre à ses dépens.

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