Avec France Inter, la chronique de Bernard Maris, journaliste et écrivain.
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Faut-il avoir peur d'une contagion de de la crise financière à l'économie réelle ?Il serait un peu puéril de croire que la sphère financière est à coté, ou au dessus, et vivrait sa petite vie
indépendamment de l'économie réelle, celle du travail, de la sueur, du bâtiment et des caissières de supermarchés. Malheureusement l'économie du travail dépend hautement des décisions de ces
messieurs de la sphère financière, de leurs errements et de leurs incompétences. De l'incompétence noire des agenses de notations, qui n'avaient pu venir le crack d'Enron et n'ont pas vu venir la
crise des subprimes.
Certains diront, oui, mais l'Europe est relativement fermée, notamment à l'économie américaine. L'Europe commerce à 90% entre elle. Donc si le navire américain coule, ce n'est pas grave.
Au contraire c'est très grave, car c'est tout le système financier international qui plonge si l'économie américaine s'effondre. On n'en est pas encore là. Mais les banques françaises sont
engagées sur les marchés internationaux, et les banques françaises coiffent l'activité France par le crédit. Le seul pays qui est relativement à l'écart est la Chine, car son système bancaire et
financier est encore largement « national », autonome. Pendant la crise de 1929, un seul pays dans le monde n'avait pas souffert, la Russie, précisément parce que son système financier était
totalement replié sur lui-même.
Autrefois, certaines lois permettaient d'éviter la contagion. D'abord les banques étaient nationalisées. Elles ne faisaient pas n'importe quoi (à une exception catastrophique près, le Crédit
Lyonnais). On distinguait clairement les banques de dépôt, pour les classes moyennes et les petits épargnants, et les banques d'affaires, pour les prises de participations et la spéculation. Les
banques avaient des obligations très sévères concernant leurs fonds propres par rapport aux crédits. A présent elles ne sont plus nationalement contrôlées, elles ont créé un immense marché
offshore, un énorme marché monétaire international hors frontière, indépendant des Etats, sur lequel elles prêtent et empruntent, créent des structures financières dans lesquelles elles glissent
leurs mauvaises créances pour faire apparaître uniquement les bonnes dans leurs bilans, afin de faire monter leurs action, jusqu'à ce que les mauvaises monnaies réapparaissent...
La phrase du jour : En économie, la mauvaise monnaie chasse la bonne, comme le mauvais crédit chasse le bon. C'est la loi de Gresham qui s'applique sous nos yeux.
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