On sent bien, à gauche, comme un frémissement d’aise. Le dévissage de Sarkozy dans les sondages les fait frétiller.
On voit d’ailleurs comme une agitation. Les prétendants à la course commencent à jouer des coudes pour être bien placés sur la ligne de départ. Ceux qu’on croyait fichus, comme Hollande, recommencent à bouger. Ségolène multiplie les déclarations. Delanoë peaufine son triomphe. Valls, Dray et les autres jeunes Turcs montrent les dents. Seuls les deux frères ennemis, Montebourg, concentré sur ses cantinnales, et Peillon, qui vient de faire allégeance à Ségolène Royal, restent hors de ce petit jeu.
Quant à Bayrou, c’est peu de dire qu’il crève l’écran en ce moment, avec un discours net et sincère sur les valeurs républicaines...
Dans leur tête, tous sont déjà dans l’après Sarkozy...
Ils auraient bien tort.
Ils auraient tort, parce que c’est maintenant que Sarkozy devient vraiment dangereux.
D’abord parce que le triomphe annoncé des socialistes aux municipales a placé la barre très haut. Un "simple" succès serait désormais une défaite.
Ensuite parce que la machine d’opposition est chauffée à blanc. Tant de provocations ces derniers mois : les tests ADN, Khadafi, le people et le mariage, la "rétention de sûreté", les enfants Juifs, qui dissimulent le pouvoir d’achat, le commerce extérieur, la laïcité, les sectes, la morale à l’école. Difficile d’avoir un discours intelligible dans cette cohue... Au total, la gauche risque d’apparaître comme une opposante systématique et le discours de victimisation de celui qui n’a cessé de multiplier les provocations va pouvoir prendre chez le quidam.
Aussi, parce que Monsieur apprend vite. Il sait désormais se taire, et Carla sait se cacher. Elle ressortira en Diana prochainement, vous verrez, et ira visiter les enfants malades dans les hôpitaux, comme une princesse de Monaco de base.
Mais surtout, parce que paradoxalement, Sarkozy n’a plus rien à perdre. Les contre-pouvoirs sont exténués, les circuits d’information sont saturés. Tout le monde grogne, mais tout le monde s’y fait : les conseillers sont des princes de sang, les ministres ont peur, la presse est sous contrôle et quelques attaques au pénal vont calmer les esprits, la blogosphère est un lieu de ragots où l’on ne parle que de SMS (c’est ce qui dira la presse tétanisée par les succès des sites en ligne...). Il a quatre ans. Il va commencer à appliquer son programme...
Car il a un programme. Ceux qui ont pris la peine de lire ses ouvrages, de suivre sa campagne, d’observer ses manoeuvres le savent bien. Il y a un véritable programme. C’est une sorte de tatchérisme bushiste tel que peut le concevoir un Français. Un rêve de libéralisme qui ne tient pas compte du fait que la France n’est pas une nation de commerce et n’a pas de Commonwealth à ses ordres, ni bien sûr du coût social qu’a payé l’Angleterre.
Un rêve de Maison blanche qui ne tient pas compte de la force des médias américains, de l’indépendance de la Justice et du rôle de l’opposition, ni bien sûr du coût que payeront les Etats-Unis après leurs aventures irakiennes.
Un rêve fou et, disons-le, pas Français.
Mais, il faut le reconnaître aussi, un rêve cohérent, constant, suivi avec tenacité. Monsieur sarkozy se rcoit investi pour faire cette rupture. Ses conseillers serrent les rangs autour de lui, face à l’adversité, et tournent de plus en plus en vase clos. Ils en viennent à oser prendre la parole pour défendre la secte scientologue ou affaiblir la Minivul, que sarkozy avait déjà dépouillée à l’intérieur de nombre de ses attributions.
Enfermés entre eux, se rassurant mutuellement, se jugeant intouchables, persuadés qu’ils leur faut accélérer encore pour prouver qu’ils avaient raison, de plus en plus paranoïaques, voyant dans toutes les résistances la preuve qu’ils avaient raison et que la France est irréformable, ils vont faire mal.
Que chacun se le dise en cette période pré-électorale : nous n’avons rien vu. le véritable Sarkozy vous attend fin mars.
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