Nous n'avons pas pu nous empécher de publier la tribune de Jean-François Kahn. Il faut dire que le JFK a sa verve la plus
tranchante:
"Tribune
Après les municipales, les notables
de l'UMP pourraient bien, comme dans la Rome antique, se retourner contre celui à qui ils feront porter la responsabilité de leur défaite par Jean-François Kahn
Ca va mal finir ? Interrogation paradoxale. Car la plus triste fin serait que ça ne finisse pas. En réalité, comment cela va finir, qui l'ignore ? Cela finit toujours de la même façon : par
l'assassinat de petit César par petit Brutus, en espérant qu'un Auguste ne rafle pas la mise. Exit de Gaulle quand Pompidou fit don de sa personne aux beaux quartiers. Exit Giscard quand Chirac,
l'assassin de Chaban, entreprit de lui savonner d'abord la planche d'entrée, ensuite la planche de sortie. Puis effondrement de grand-papa Chirac sous les coups de son fils préféré devenu à son
tour chouchou des beaux quartiers. Or les beaux quartiers en pincent pour François Mon. Consternés, car on a de la tenue dans les beaux quartiers, par les «mômeries» d'un Sarkozy à qui ils ne
décerneraient plus ni un césar ni un oscar, ils ont trouvé le petit Brutus prêt à les sauver d'un petit César qui - c'est dire s'il file un mauvais coton - en arrive à dénoncer devant des
individus en bleu de travail «le capitalisme voyou».
Voilà comment ça va finir. Par une «fillonnade» qui fera office d'«impeachment» à la française. Le scénario est écrit. Il faut dire qu'il est écrit depuis plus de deux mille ans. Après une
Berezina municipale, les députés UMP éclopés joueront le rôle des sénateurs romains lors des ides de mars. Ils feront savoir, précisément, que ça risque de mal finir ? Non pas que le roi est nu,
mais au contraire qu'à ce rythme il va, et eux aussi par la même occasion, enfiler veste sur veste, et même des blousons fourrés. Ils ajouteront que même si on revêt la pourpre de César Bonaparte
il faut faire au moins semblant de s'en affubler au nom de la République. Qu'une boulette par jour ça finit par devenir indigeste dans le couscous de fin de mois. Et puis, nul besoin d'avoir un
tempérament de conventionnel régicide pour rester attaché à certaines conventions. Donc face aux fautes de style de petit César les sénateurs vont brandir leur stylet. Un grand classique. Même
Khrouchtchev et le président brésilien Coflor en firent les frais.
En fonction de quoi, poussé par ses troupes comme un ballon ovale par l'équipe anglaise de rugby, François Mon demandera audience à l'Elysée, exigera par SMS que Carla Bruni n'assiste pas à
l'entretien, et là déclarera en substance au président d'encore la République, non pas : «Casse-toi pauvre con !» - ce qui n'est pas du tout le genre du rigide «sarthrien» -, mais : «Si tu
continues comme ça, mon Président chéri, je me casse moi !» C'est-à-dire : «Ou bien vous me laissez gouverner et vous vous consacrez à l'inauguration des chrysanthèmes et des monuments à Guy
Môquet, ou bien je vous présente ma démission et je rentre dans l'opposition avec la majorité du groupe parlementaire UMP.» Et quick ! Petit César se retrouve sommé par petit Brutus de se
transformer en petit Coty. A moins, bien sûr, que de lui-même le monarque accepte de rétablir les institutions. Seulement une initiative par semaine, une boulette par mois, une polémique par
trimestre : promis ! Et, entre-temps, un travail de fond pour défendre le pouvoir d'achat.
Finalement il faut être juste : le garçon n'est pas manchot. Pas assez même aux dires de ses interlocutrices. Encore moins cul-de-jatte, lui qui pratique la chasse à courre sans cheval. Il a du
talent à revendre, même s'il le solde. Et même le brade. Des idées, qui sont généralement toutes faites, mais spécialement pour lui. De l'énergie à alimenter, même sans le moindre apport aquatique,
un barrage hydroélectrique. Mais voilà son problème : il ne peut pas s'empêcher de... L'autre semaine, à l'occasion de l'inauguration d'un musée consacré à l'homme du 18-Juin, il discourt sur de
Gaulle : dix minutes de bonne facture que lui a confectionnées l'un de ses nègres. Puis vingt minutes consacrées à lui-même. On projette un film dédié au grand homme. Il le juge trop long et le
fait interrompre. On n'y parle pas assez de lui ? Puis, ayant alpagué quelques journalistes, il leur explique que le Général aurait agi comme lui... à Villiers-le-Bel.
On connaît l'histoire de l'écolier polonais qui, appelé à disserter sur l'éléphant, choisit comme thème : «l'éléphant et la question polonaise». Sarko, lui, quel que soit le sujet, c'est de Gaulle
et moi, l'éléphant et moi et Berlingot et moi et le Fouquet's et moi. Il ne peut pas s'empêcher. Casser son miroir, c'est comme fermer ses volets. Quand il les ouvre, il se voit. Ne peut pas
s'empêcher. On lui dit : pourquoi
je toutes les deux lignes dans chacune de vos interventions ? Parce qu'il ne peut pas s'empêcher. Or
je impossible. S'intéresser aux autres, non
pas comme une proie possible, mais une altérité : ne peut pas... Rester quarante-huit heures sans faire projeter son image sur écran ? Ne peut pas. Il déclare, lors de son saut de puce en Inde,
qu'il a été nommé l'homme de l'année en Chine. Aucune trace de cette distinction. Ne peut pas s'empêcher. Pour protéger son ego, il a choisi Jégo : c'est dire.
Typique, sa réaction à l'appel républicain publié par «Marianne». Un retour à l'essentiel - la laïcité, l'indépendance nationale, l'indépendance de la presse, les valeurs de la République -, une
invitation à un débat sérieux, sans rumeurs ni calomnies, un bel exemple d'ouverture au-delà des clivages. Il ne se rend même pas compte et donne l'ordre à ses affidés, certains journalistes
compris : c'est un crime de lèse-César, tapez dans le tas ! Sa meute s'exécute, dénonce un putsch fasciste dans ce rappel éminemment modéré, consensuel, à certains grands principes. Résultat :
l'audience phénoménale et disproportionnée de l'appel en question, approuvé par 69% des Français contre 22%. Il ne peut pas s'empêcher. Dommage !"
Jean-François Kahn
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