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Nicolas Sarkozy aura au moins réussi cet exploit. Remettre sur pieds, en dix mois, une gauche qui, depuis le séisme de 2002, n’avait ni programme, ni direction. Une gauche qui en était revenue à l’avant-congrès d’Epinay. Orpheline d’une vision du monde, orpheline d’une stratégie. Qu’en eût-il été, si, à la place de l’armée mexicaine d’aujourd’hui, la majorité présidentielle avait affronté un parti rassemblé, emmené par un leader incontesté ?
S’il est prématuré de conclure à un raz-de-marée, il n’est pas sans saveur, en revanche, de constater que le chef de l’Etat se retrouve aujourd’hui dans la position de François Mitterrand au lendemain des municipales de 1983. La rupture tranquille, comme jadis la Force tranquille, se voit retoquée par les électeurs pour n’avoir pas tenu ses promesses. Il y a belle lurette que l’idéologie n’intervient plus dans le choix du bulletin de vote. Au fil des scrutins, le corps électoral s’est converti au pragmatisme, n’hésitant pas à instrumentaliser tantôt les uns, tantôt les autres. Au nom d’une même demande sociale, l’emploi et le pouvoir d’achat.
En 2004, les Français donnaient les clés des régions, et de quelle manière, à la gauche. Davantage par rejet de l’immobilisme chiraquien que par adhésion au programme de François Hollande. En 2005, les mêmes ont voté non au projet de constitution européenne. Là encore, la dimension protestataire était présente.
La grande intelligence de Nicolas Sarkozy a été d’avoir su récupérer cette attente. Il serait le président du pouvoir d’achat, disait-il. Celui, que n’avait pas été Chirac, pourtant élu pour résoudre la fracture sociale.
La facture est d’autant plus lourde aujourd’hui. Le président est condamné à jeter son programme à la rivière. La croissance n’est pas au rendez-vous. Le recul du chômage demande à être vérifié (combien de demandeurs d’emploi radiés dans le même temps ?) La consommation des ménages est en berne. Comme la relance keynésienne de 1981, le paquet fiscal de 2007 a fait pschitt ! Bref, les recettes miracle, ça n’existe pas.
Mais comment lâcher du lest ? Cadenassée par les directives européennes et la banque centrale, la France n’a guère d’autonomie en matière économique. Chacun sait qu’un peu de protectionnisme serait bienvenu. Les Etats-Unis ne s’en privent pas.
C’est l’affaire de l’Europe dira-t-on. Ce qu’un pays ne peut plus décider, un continent peut l’imposer. Ca tombe bien. A partir du premier juillet, la France assurera la présidence de l’Union européenne. Nicolas Sarkozy, qui, il y a quelques mois encore, n’avait pas de mots assez durs contre la banque centrale, aura-t-il le courage de mettre au pas le monétarisme européen et de s’opposer aux délocalisations ?
Car sinon, on ne voit pas comment il pourrait sortir de l’ornière. La moindre épreuve de force avec l’opinion risque de tourner au désastre. Certes, le chef de l’Etat peut procéder à un
ravalement cosmétique. Remplacer François Fillon par Xavier Bertrand. Faire entrer De Villiers et Allègre au gouvernement. Mais cela n’amusera pas longtemps la galerie. Et il faudra bien trouver
une autre politique. Qui tienne au moins quatre ans, celle-là.
Serge Faubert
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