On est rarement déçu avec le parti socialiste. Enfin si l'on ose dire. Dès qu'il y a un piège, ils foncent en plein dedans et en klaxonnant évidemment. Or, avec la réforme constitutionnelle
pourtant annoncée, trompétée depuis des mois à l'Elysée comme un texte traquenard pour la gauche, voilà les socialistes pataugeant à nouveau dans les affres du doute, de la division, du
déchirement. Une partie des élus - Jack Lang, Manuel Valls, Arnaud Montebourg et même Laurent Fabius - qui se baptisent « constructeurs » veulent
pousser les feux de la réforme, alors qu'une autre partie avec Julien Dray, François Hollande ou Aurélie Filippetti la royaliste refuse toute idée de consensus parce qu'on ne pactise pas avec
Sarkozy, ce chef d'Etat « anti-populaire, de chômage et de misère », selon le slogan maoïste d'autrefois. Tout cela pour la plus grande satisfaction
de l'Elysée qui craignait les dissensions dans son camp et redoutait même que cette réforme ne se retourne contre lui. Mais heureusement, pour Sarkozy, il y a le PS…
La question de l'évolution des institutions, du contrôle du président comme du gouvernement, du renforcement démocratique des pouvoirs du Parlement, fait partie de celles que la gauche
pourtant a longtemps prétendu traiter en priorité. Certes, l'exercice pharaonique de la présidence par François Mitterrand qui, précédemment sous de Gaulle, se montrait le contempteur le plus
féroce de la Ve République, a traumatisé ses successeurs. L'autoritarisme sourcilleux et rigide du Premier ministre Lionel Jospin qui aspirait à chausser les royales pantoufles n'a pas permis
d'aller très loin dans la rupture psychologique et intellectuelle avec le gaullo-monarchisme. Et enfin, l'immobilisme édredon de François Hollande achevait de paralyser les neurones d'un
parti qui ne s'est guère réveillé que dans les derniers mois de la campagne présidentielle. Ce qui explique que le PS se trouva fort dépourvu lorsque la bise sarkozyste institutionnelle fut
venue. Il est vrai que les socialistes avaient du mal à imaginer que le nouveau souverain, l'hyperprésident, SuperSarko qui se mêle de tout et du reste veuille sérieusement mettre en
mouvement une réforme qui aboutisse à lui rogner les ailes et à permettre au Parlement de déployer enfin les siennes. Et pourtant… Pourtant le travail de la commission Balladur a bien abouti
à renforcer les pouvoirs parlementaires. Par une plus grande maîtrise de l'ordre du jour, par l'octroi d'un statut de l'opposition, par un encadrement des nominations précédemment abandonnées
au seul bon vouloir présidentiel. Le texte qui doit obtenir l'aval des trois cinquièmes des parlementaires comprend donc des avancées incontestables. Et insuffisantes, c'est parfaitement
exact.
Congrès du PS : mieux vaut enlever sa veste qu'en prendre une
Il est vrai en effet, comme le souligne François Bayrou, que l'absence d'une proportionnelle correctrice condamne le Parlement à une non représentation de la diversité française lourde de
lendemains qui déchantent. Car quand un courant de pensée ne peut s'exprimer à l'Assemblée nationale, il finit toujours par le faire dans la rue. Il est vrai aussi que la modification du
collège électoral du Sénat s'imposerait, sauf à condamner cette chambre haute à n'être qu'un parlement de seconde zone, ne représentant qu'une France paysanne conservatrice complètement
déphasée par rapport au pays réel. La droite qui en a fait sa maison de retraite préférée ne veut pas y toucher, pas plus qu'elle n'entend revenir sur le cumul des mandats ou instaurer une
dose de proportionnelle que réfutent pour des raisons purement corporatistes les élus UMP. Tous ces points de désaccord entre gauche et droite qui sont du ressort de lois organiques et non de
la Constitution méritent-ils le blocage de cette réforme ? Et la réfutation de la politique sociale de Sarkozy peut-elle justifier une opposition radicale à l'ensemble des changements
institutionnels ? « Si nous donnons à Nicolas Sarkozy, assure Julien Dray, une victoire parlementaire, nous le
remettons en scène, nous lui permettons de continuer à s'attaquer aux acquis sociaux… » Mais le bloquer ainsi, c'est aussi lui permettre de réussir à donner consistance à la campagne
de communication orchestrée depuis l'Elysée sur le thème : il y a d'un côté les réformistes qui veulent changer le pays avec toutes les difficultés qu'on sait et de l'autre les conservateurs,
les socialistes chloroformistes qui, comme les chiraquiens hier n'ont qu'un but, c'est d'endormir et de laisser mourir le pays à petit sommeil. Certains socialistes ont compris le danger. Tel
Laurent Fabius qui veut se refaire une stature d'homme d'Etat en soutenant les avancées d'une réforme constitutionnelle qui ferait oublier ses variations nonistes sur l'Europe. Ce qui nous
renvoie au combat interne qui obsède et obère tout et tous. Car pendant que la France s'angoisse, se bloque, se réforme parfois, se déforme aussi plus souvent, les leaders socialistes ont la
tête près du Congrès. Comme Bertrand Delanoë qui pose aujourd'hui en Une de Libération en chemise-cravate, avec un sourire de Joconde pour vanter une stratégie et un livre d'entretiens
réalisé avec le directeur de Libération, Laurent Joffrin ! Il est vrai qu'enlever sa veste vaut mieux qu'en prendre une. Vive l'aggiornamento… vestimentaire.
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