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26 juillet 2009 7 26 /07 /juillet /2009 10:21
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Les journaux - et notamment « Le Monde », qui en a fait sa une mercredi - nous apprennent quelque chose d'extravagant. Les banques et les sociétés financières américaines ont tranquillement renoué avec leurs habitudes d'avant la crise et se sont remises à distribuer des bonus indécents à leurs dirigeants. Eh oui ! Celles-là même qui ne doivent leur salut qu'à la mobilisation de l'État, c'est-à-dire des contribuables, en remettent « une couche », si j'ose dire, dans l'irresponsabilité. Elles le font alors même que quantité de responsables engagés dans la lutte contre la faim et la maladie dans les pays du Sud se disent ces jours-ci effarés de voir les budgets d'aide venus du Nord amputés du fait de la crise. Bonus et rapacité d'un côté, pénurie de médicaments et millions de morts annoncées de l'autre. C'est bien de folie qu'il s'agit.

On avait pourtant dit et répété un peu partout depuis septembre dernier que l'origine première de la crise était « morale ». Les guillemets s'imposent, car on aurait tort de réduire tout cela à la seule morale traditionnelle. On pense à cette goinfrerie sans complexe, à ce vertige du lucre et du profit immédiat qui ont accéléré la dérive financière du libéralisme. En vérité, c'est plus d'anthropologie que de morale qu'il faudrait parler. Le capitalisme - à l'instar de la société moderne - ne peut fonctionner que parce qu'il a hérité de quelques types anthropologiques dont il n'était pas lui-même le créateur : des juges irréprochables, des ouvriers consciencieux, des entrepreneurs imaginatifs, des fonctionnaires intègres, etc.

Ces types humains avaient été créés dans des sociétés antérieures, à des époques où ni l'argent ni le profit n'étaient tout à fait rois. Comme modèles anthropologiques, ils étaient donc les produits d'une longue alchimie éducative. Leur patiente « construction » se référait à des valeurs encore jugées prioritaires : honnêteté, civisme, désintéressement, goût d'entreprendre. Seules ces « règles d'or » largement partagées avaient pu fournir le ciment invisible qui permet à une société humaine d'assurer sa cohésion et - surtout - de durer en se transmettant la leçon, d'une génération à l'autre.

Le capitalisme, quant à lui, ne sait pas créer de toutes pièces ces modèles humains. Il n'en a ni la vocation ni les moyens. Ce n'est pas son métier. Il en « hérite », au sens fort du terme, et assure son propre dynamisme en s'appuyant sur ces hommes et ces femmes que la société a fabriqués en dehors de lui. Initiateur de cette analyse, le philosophe Cornelius Castoriadis (disparu en 1997) annonçait, dès le début des années 1980, le futur déraillement du système libéral. L'économie de marché, expliquait-il, ne peut fonctionner durablement que si elle trouve sous ses pieds un substrat social, une « dalle » solide, un civisme organisateur incarné par l'État. Faute de cela, elle entre dans un processus d'autodestruction. Le sol se dérobe sous ses pieds.

Qu'est-ce à dire ? Les entrepreneurs deviennent plus obsédés par le profit à court terme que par la créativité industrielle, les éducateurs baissent les bras, les inégalités ne sont plus freinées par la décence, les salariés se rattrapent en levant le pied, les juges sont découragés, etc. Quant aux élites, contaminées par le délabrement général, elles cessent de représenter des modèles sociaux crédibles. Bref, la société tout entière se fragilise et, avec elle, le capitalisme lui-même. Nous en sommes très exactement à cette étape.

Le processus n'invite nullement à un discours moralisateur. Il nous ramène à une question bien plus essentielle : quel est donc cet ingrédient dont une société a besoin et que, manifestement, nous avons perdu en route ? Pour dire les choses crûment, les cinglés de Wall Street et d'ailleurs ne sont-ils pas plus dangereux pour le monde occidental - à long terme - que les terroristes ? Poser la question, c'est y répondre.

Auteur : jean-claude guillebaud

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