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6 août 2009 4 06 /08 /août /2009 07:25

Marianne 2

En s'empressant de faire allégeance à Bruxelles et en déclarant dès lundi que les maraîchers devraient rembourser les aides, Bruno le Maire a commis une double erreur, diplomatique et politique. Et ce n'est sûrement pas pour le féliciter que Nicolas Sarkozy lui a parlé deux fois au téléphone hier.



Dessin de Rodho
Ce n’est pas sans mérite que Bruno le Maire a,  lors du dernier remaniement ministériel, accepté le portefeuille de l’agriculture.
Rien ne prédestinait ce jeune normalien, énarque, diplomate, romancier à ses heures  à  ce ministère de terrain. Il lui fallait du cran.
Apparu sur la scène publique comme directeur de cabinet de Dominique de Villepin, dont il était le proche conseiller et l’ami depuis plusieurs années, il sacrifia une belle carrière diplomatique, à lui promise, pour succéder à Jean-Louis Debré comme député de l’Eure, une circonscription d’abord proposée à Dominique de Villepin, dont on ne sait pourquoi celui-ci la  refusa.

Les deux lois d'airain de la politique
Dans sa volonté d’isoler Villepin, Nicolas Sarkozy  proposa à Bruno Le Maire  le portefeuille des affaires européennes en 2008. Il accepta. Il passa de là  l’agriculture en juin 2009. 
Belle trajectoire, pleine de promesses pour un sujet brillant dont l’avenir était d’autant plus radieux que le milieu politique de regorge pas aujourd’hui de tels calibres  intellectuels.
Hélas pour lui, Bruno Le Maire vient de trébucher au premier saut d’obstacles  et il est douteux qu’il s’en remette.
Il  a oublié deux lois de la politique.
L’une concerne la communication. Un ministre, surtout un ministre exposé comme l’est celui de l’agriculture, est jugé sur la première crise qu’il a à affronter et, dans cette crise, sur les premières déclarations qu’il fait.
L’autre est une loi morale : la mission fondamentale d’un homme politique est de défendre  bec et ongles  les hommes et les femmes dont il a la charge, dans son cas, les agriculteurs français. Sinon qui les défendra ?
C’est là que Bruno Le Maire a eu tout faux.
La commission européenne a fait savoir que les producteurs français de fruits et légumes devraient rembourser quelques centaines de millions d’euros d’aides, indument perçues selon elle, entre 1992 et 2002.
Décision étonnante à plus d’un titre : si ces aides étaient irrégulières, pourquoi les a-t-on versées ? N’est ce pas ceux qui l’ont fait qui devraient  être d’abord mis en cause ?
C’est une affaire vieille de presque vingt  ans ; depuis lors, beaucoup de producteurs ont disparu, quelques uns se sont installés ; va-t-on faire payer les uns pour les autres ?  Ou poursuivre des retraités qui perçoivent 500 € par mois ?
La plupart des producteurs de fruits et légumes sont cette année en difficultés en raison de la chute des cours ; il fallait toute la cécité politique de la commission de Bruxelles pour soulever ce problème en un pareil moment.
Or le premier réflexe de Le Maire a été celui du  pion  qui prend spontanément le parti de Bruxelles contre les agriculteurs, comme un préfet prend le parti du gouvernement. « Il est certain que nous devrons engager une procédure de remboursements auprès des producteurs », a déclaré Bruno Le Maire dans un entretien au « Parisien libéré  . «Je ne veux pas exposer la France à une condamnation qui l'obligerait à rembourser une somme plus conséquente dans cinq ou dix ans », a-t-il expliqué.

Naturel technocratique
A supposer que pour cet ex-villepiniste, européen convaincu, la France ne soit qu’une collectivité locale de l’Europe, qui imagine une seconde, le maire d’une grande ville réagir de cette manière le jour où l’Etat réclamerait  une somme pareille à ses concitoyens ?  Qui peut croire qu’un président  de conseil régional n’aurait pas pour premier réflexe de défendre les gens de sa région ?
Bruno le Maire aurait du s’écrier  d’abord : cette demande est scandaleuse et particulièrement inopportune, jamais les producteurs français ne  payeront – quitte à trouver ultérieurement un compromis.
Mais le naturel technocratique est revenu au galop : on ne s’improvise pas politique. Ce n’est pas Christian Estrosi, ministre de l’industrie, et  aussi dépourvu de diplômes que Le Maire en est bardé,  qui aurait fait pareille  erreur.  Lui fait  le tour de France des usines en perdition pour   y promettre monts et merveilles,  peu soucieux de ce qui suivra.
Jacques Chirac,  comme Bruno Le Maire, avait fait l’ENA. Toute autre fut cependant son attitude à la tête du même ministère. Son ardeur brutale à défendre les agriculteurs français lui valut d’être qualifié  de caractériel, de fou dangereux par ses collègues européens avec qui il   négociait ; mais il obtint satisfaction sur presque tous les dossiers (en particulier l’aide à l’élevage de montagne) . Les agriculteurs s’en souvinrent. Mais pas seulement les agriculteurs. En politique, disait Mao, « il faut apprendre à jouer du piano ». Le corps social est comme un piano. En tapant très fort sur une touche, on fait vibrer non seulement la touche correspondante mais aussi  d’autres.
Est-ce trop dire que toute la carrière de Jacques Chirac s’est faite sur les dividendes de son  passage à l’agriculture ?  En tous les cas, après ce passage, sa réputation   était faite, comme celle de Le Maire est en passe de l’être, mais à dans l’autre sens. 
 Il est à craindre en effet que le nouveau ministre  ait , par sa réaction, définitivement perdu l’estime du milieu agricole et que donc il laisse le souvenir durable  du ministre qui n’a pas réussi.
Un destin politique brisé. Est-il plus à regretter  que celui des centaines  de producteurs de fruits et légumes menacés de disparaître ?

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Published by La boulange - dans Articles de journaux
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