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16 août 2009 7 16 /08 /août /2009 05:34

 

 

Les violences commises à Bagnolet et à Royan ont soulevé des critiques sur le comportement des policiers. L'intervention du ministre de l'Intérieur n'a pas emporté l'adhésion des foules. On suspecte les magistrats d'être juge et partie. Pour Philippe Bilger, cette méfiance collective a une conséquence majeure: la parole de l'Etat s'englue, et n'agit plus.



Bagnolet. (photo extraite d'une vidéo Dailymotion) Bagnolet.
Je désirais dénoncer le ridicule de ces « cellules psychologiques » qui prolifèrent pour assister des gens qui ne l'ont pas demandé et s'attachent à panser les plaies imaginaires de l'accessoire, quand l'essentiel est à peine pris en charge. Cette compassion systématique semble le plus souvent destinée à pallier une impuissance principale.

Il m'a semblé toutefois que l'actualité récente méritait mieux que ces aigres considérations et imposait une réflexion sur des violences commises aussi bien à Royan qu'à Bagnolet et qui, quoique de gravité différente, suscitent pour ne pas changer une critique des comportements policiers.
Le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux, en déplacement à Royan, après avoir pris la pleine mesure de ce qui s'y était déroulé - une quinzaine de jeunes gens en provenance de la région parisienne qui avaient commis vols, exactions et rackets - a déclaré « qu'aucune forme de violence ne sera tolérée » et que « sa politique sera de fermeté et de dialogue ». Comment ne pas approuver de telles affirmations de principe qui, pour avoir été martelées cent fois, n'ont peut-être pas perdu forcément leur pouvoir de persuasion auprès des citoyens ? Comment ne pas applaudir cette parole de l'Etat émanant, de surcroît, d'un proche du président de la République, lui-même ancien ministre de l'Intérieur ? Pourtant, force est d'admettre qu'en dépit d'un constat que l'ensemble de la communauté nationale partage - en substance, les zones de non-droit ne doivent plus exister et la police a pour mission d'intervenir partout où sa présence est requise et nécessaire -, le doute et le scepticisme demeurent plus que jamais présents, comme si la société craignait que la parole de l'Etat ne soit en définitive qu'un Etat de la parole, un engagement creux, une promesse vide. Il est vrai que tant de désillusions sont venues altérer la force des décrets d'autorité que ceux-ci apparaissent moins comme des prémisses de l'action que comme un substitut de celle-ci.

Le coup de menton, la résolution politiques créent aujourd'hui une crainte par rapport à l'avenir qui risque de les voir pratiquement contredits. Pourtant, on voudrait avoir confiance dans la parole d'un ministre, qui représente l'Etat et dont la personnalité n'a jamais été étrangère aux valeurs dont il proclame le respect. En même temps, devant la multitude des conflits et des déchirements qui dégradent certaines banlieues, le citoyen le plus obtus ne peut qu'avoir conscience de l'immense difficulté de la tâche. En matière de sécurité et de justice, on perd très vite du terrain par faiblesse ou par indifférence et on le regagne très lentement, presque douloureusement, grâce à une politique qui doit avoir le courage de son impopularité auprès d'un progressisme éloigné des réalités populaires.

La principale entrave à une action cohérente et efficace de l'Etat, pourtant désirée par la majorité des honnêtes gens qui résident dans ces cités, provient de l'opposition entêtée et scandaleuse d'une minorité dont la seule obsession est de dénier toute valeur au pacte républicain (qui a pour base de croire aux institutions de son pays tant qu'elles n'ont pas démérité). Le ministre de l'Intérieur, dans ses propos (Le Figaro, Le Parisien), a aussi évoqué la tragédie de Bagnolet où le jeune Yakou est mort en moto alors qu'il était suivi par une voiture de police. Brice Hortefeux a ordonné une enquête pour déterminer les conditions dans lesquelles ce décès est intervenu et si la police y a une part de responsabilité. Les conclusions du rapport seront rendues publiques.

Avant même cette annonce, pour certains qui attisent avec rage le feu social, la police était évidemment coupable, la voiture avait évidemment heurté la moto, alors que selon le procureur de la République ce n'était pas le cas. Ce magistrat était évidemment de mauvaise foi, il ne fallait pas attacher le moindre crédit à ses paroles...
Devant de telles attitudes collectives, on perçoit l'extrême difficulté pour un Etat d'avoir une parole de fermeté qui soit suivie d'effet, et pour la police, de mettre en oeuvre une relation de proximité et de courtoisie avec des fauteurs de troubles dont la seule ambition est précisément de faire échouer tout ce qui pourrait ressembler à une restauration de l'ordre et de la tranquillité publics.
J'ose dire qu'un infime progrès serait déjà d'établir lucidement la hiérarchie des responsabilités. La police n'est coupable de rien et, si elle intervient et qu'on a peur d'elle, ce n'est pas parce qu'elle serait naturellement malfaisante mais qu'on la fuit faute, pour certains, d'avoir la conscience et le comportement bien nets.
Pour que la parole de l'Etat soit prise au sérieux, qu'elle ne renvoie pas seulement à un Etat de la parole, vaste entreprise, comme aurait dit Charles de Gaulle sur un autre sujet non moins perturbant !

Retrouvez les articles de Philippe Bilger sur son blog

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Published by La boulange - dans Articles de journaux
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